Ron Turcotte et Secretariat: deux amis légendaires

Même dans une course fictive face aux 12 autres vainqueurs de la triple couronne, dont les légendaires War Admiral, Citation et Seattle Slew, Secretariat reste le meilleur cheval d’entre tous. Et vous savez quoi? Ron Turcotte n’a jamais douté un seul instant de la supériorité de son ami.

Après tout, comment le cheval qui détient depuis 47 ans les chronos records des trois épreuves de la triple couronne pourrait-il s’incliner devant la compétition, aussi forte soit-elle?

Le célèbre jockey néo-brunswickois n’a évidemment rien raté de la course virtuelle de samedi après-midi présentée sur la chaîne NBC.

Non seulement il y avait amplement matière à raviver de vieux souvenirs, mais c’était aussi l’occasion de briser la monotonie du confinement.

Lorsque joint à son domicile, lundi matin, Ron Turcotte en avait d’ailleurs long à raconter au sujet de Secretariat.

Celui qu’on surnommait Big Red était d’abord bien plus qu’une superstar de l’univers chevalin. Il était aussi un véritable ami.

«C’était un cheval très amical, très gentil. Tout le monde l’adorait et il aimait tout le monde. Il était aussi très joueur. Parfois, il s’emparait même d’un balai et il se mettait à balayer dans l’écurie», confie le légendaire jockey.

«Je me souviens aussi de la fois que Secretariat a volé le cahier de notes des mains de Billy Nack», rapporte Ron Turcotte en riant. (NDLR – William Nack est l’auteur de la biographie intitulée Secretariat: The Making of a Champion.)

Avec humour, l’immortel de Drummond affirme que Secretariat n’avait qu’un seul défaut.

«Ce n’était pas si grave, mais il était jaloux. Il n’aimait pas ça quand je parlais à un autre cheval», dit-il.

«Il m’arrivait de faire exprès juste pour le piquer. Une fois, il a voulu m’agripper par le manteau, mais il m’a mordu un peu en le faisant. J’ai évidemment poussé un ayoye, puis je lui ai dit: ‘‘Mais qu’est-ce que tu as fait là? Tu m’as fait mal!’’ Je le vois encore baisser la tête comme s’il avait honte. C’était drôle. Je l’ai aussitôt réconforté en lui disant que c’était pas grave et il a immédiatement relevé la tête, tout fier qu’il était», se remémore Ronald Turcotte en éclatant de rire.

Au cours de sa carrière couronnée de plus de 3000 victoires, Turcotte a eu la chance de compétitionner avec d’autres excellents chevaux tels que Northern Dancer, Tom Rolfe, Fanfreluche et Riva Ridge. Mais selon lui, ce qui distinguait Secretariat des autres, c’était sa versatilité.

«En 1972, j’avais définitivement le meilleur cheval avec Riva Ridge. Sauf qu’il n’était pas aussi bon dans la boue ou sur l’herbe. Secretariat était bon partout. Tu pouvais le faire courir sur n’importe quelle surface et il était le meilleur», soutient-il.

«Il aimait tellement courir. La première fois que j’ai eu la chance de travailler avec lui, j’ai immédiatement vu qu’il était spécial. Il n’était alors qu’un diamant brut et il lui fallait seulement apprendre le métier. Il a toujours aimé courir. Le matin, il était heureux juste à faire ses exercices», prétend-il.

C’est en 1977, soit quatre ans après que Secretariat a été mis à la retraite, que Ron Turcotte a vu son ami pour la dernière fois.

«C’était l’année avant mon accident. Je l’ai vu de loin et je n’ai eu qu’à pousser un cri et il est aussitôt venu à moi. Il était tellement content de me revoir», mentionne-t-il.

«Secretariat était un cheval exceptionnel. En plus d’être fort, rapide, calme, endurant et intelligent, il était très beau. Il avait vraiment tout pour lui», ajoute Ron Turcotte.

Par ailleurs, notons que Secretariat était coté favori à 7 contre 2, samedi, par les preneurs aux livres. Il a devancé au fil d’arrivée Citation, Seattle Slow, Affirmed et American Pharoah.

Secretariat est décédé il y a 31 ans des suites d’une fourbure, une maladie des sabots fort douloureuse. Après un mois de traitements qui n’ont rien changé à sa condition, le plus célèbre des chevaux a été euthanasié le 4 octobre 1989 à l’âge de 19 ans.

Turcotte: «J’ai ferré mon premier cheval à 14 ans»

C’est dès son jeune âge, grâce à son père Alfred qui lui a transmis tout son savoir, que Ron Turcotte a su comment faire pour devenir copain-copain avec un cheval.

«Nous avions des chevaux à la maison et j’ai donc commencé à m’en occuper très jeune. J’ai même ferré mon premier cheval à 14 ans», révèle-t-il.

«L’un des premiers conseils que mon père m’a donnés c’est de ne jamais frapper un cheval pour rien. Il m’a expliqué qu’il suffisait de lui demander comme du monde et le cheval allait finir par t’obéir. Un cheval c’est très simple, si tu l’aimes il va t’aimer. C’est un peu comme un chien. Et comme le chien, le cheval est fidèle en amitié», affirme le célèbre jockey qui est aujourd’hui âgé de 78 ans.

«Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé les chevaux. Tout jeune, dans les années 1950, mon oncle Salomon nous emmenait au cinéma, moi et mes cousins, après que nous l’ayons aidé à faire des travaux comme corder du bois. J’adorais particulièrement les westerns et c’était sûrement à cause des chevaux. Mes acteurs préférés étaient Gene Autry et Roy Rogers», mentionne-t-il.

C’est à l’âge de 19 ans que Ron Turcotte devient jockey à Toronto. Il obtient rapidement du succès en montant des chevaux de premier plan tels que Fanfreluche et Northern Dancer.

Tom Rolfe, Riva Ridge et Secretariat le consacreront ensuite parmi les meilleurs jockeys de l’histoire.

Il a remporté le Preakness Stakes en 1965 sur Tom Rolfe, le Derby du Kentucky et le Belmont Stakes en 1972 sur Riva Ridge, puis les trois épreuves de la triple couronne en 1973 sur Secretariat.

Ron Turcotte fait partie de sept Temples de la renommée sportive au Canada et aux États-Unis, en plus d’être membre de l’Ordre du Canada.

Dans le film Secretariat, qui mettait en vedette Diane Lane et John Malkovich, son rôle est tenu par le jockey Otto Thorwath. Phil Comeau a également réalisé un documentaire sur lui (Ron Turcotte, jockey légendaire) en 2013.