Ronnie LeBlanc a dit non trois fois au CH

Ronald LeBlanc a beau n’avoir gravité qu’un peu plus de deux petites semaines chez les professionnels, il n’a pas du tout volé sa place parmi les plus grands hockeyeurs de l’Acadie. Loin de là.

Dans les faits, celui qu’on surnomme affectueusement Ronnie aurait pu jouer une douzaine d’années chez les pros s’il avait voulu. Il était aussi bon que ça, n’en doutez pas un instant.

Comme il étudiait en administration à l’Université de Moncton et ensuite en droit à UNB, il a plutôt choisi de dire non trois fois aux Canadiens de Montréal, qui l’avaient pourtant repêché en 1972 dans la 11e ronde, le 152e choix au total. En 1973, il a également dit non aux Toros de Toronto, dans l’Association mondiale (AMH), qui le voyaient eux aussi dans leur soupe.

«Les Canadiens m’ont invité trois années de suite à leur camp d’entraînement (1972 à 1974), mais je n’y suis jamais allé. Sam Pollock a même envoyé Ronald Caron à Moncton une fois pour essayer de me convaincre», raconte-t-il.

«Les Toros aussi voulaient m’avoir. Il faut dire que leur entraîneur était Billy Harris et il m’avait dirigé à Hamilton dans l’OHA (aujourd’hui l’OHL). Je n’ai jamais regretté d’avoir dit non chaque fois. Dans la vie, il faut savoir prendre des décisions et c’est ce que j’ai fait», explique l’homme de 67 ans.

Il dira finalement oui aux Hawks du Nouveau-Brunswick de la Ligue américaine, minés par les blessures, pendant la saison 1979-1980. Âgé de 27 ans, il a toutefois été blanchi de la feuille de pointage en cinq rencontres.

«Ç’a été une belle expérience et j’ai pu goûter un peu au hockey professionnel. Honnêtement, j’ai eu l’impression d’être dans mon élément. Joe Crozier était l’entraîneur et je me souviens de lui avoir dit qu’il avait joué en compagnie de mon oncle Bill LeBlanc dans les années 1950 avec les As de Québec», rapporte-t-il.

Les débuts

C’est dans la fameuse Grange de Saint-Anselme, construite par son père, que Ronnie a donné ses premiers coups de patin.

La Grange à Saint-Anselme. – Gracieuseté

«La Grange devenait alors le premier aréna couvert du Grand Moncton après le Stadium. Pour ce faire, mon père a carrément transformé une grange en aréna. Bien qu’il a été un bon joueur de hockey dans ses jeunes années, mon père a surtout excellé comme entraîneur. C’est pour honorer tout ce dont il a fait que l’aréna de Saint-Anselme (Centre Arthur-J.-LeBlanc) porte son nom», confie Ronnie.

Assez rapidement, lui et son bon ami Emery Johnson deviendront des hockeyeurs de premier plan.

À 12 ans, Ronnie se souvient d’avoir pris part à une école de hockey à St. Andrews.

«Scotty Bowman était l’un des entraîneurs et à la fin de semaine les jeunes ont été divisés en deux équipes. Bowman dirigeait l’autre formation et c’est mon équipe qui a gagné. J’avais réussi trois buts et deux passes si ma mémoire est bonne. Bowman, qui était à l’époque l’entraîneur des Canadiens junior de Montréal, était ensuite venu dans notre vestiaire après la partie», mentionne-t-il.

«Il s’est alors assis à mes côtés pour me dire: ‘‘Si ça n’avait pas été de mon coaching, la partie n’aurait pas été aussi serrée’’. Ça démontrait à quel point il était compétitif. En même temps, c’est étrange qu’il soit venu dire ça à un enfant de 12 ans», révèle-t-il en riant.

À 15 ans, le talent de Ronnie LeBlanc est tel qu’il évoluait au sein de cinq équipes en même temps.

«Je jouais pour l’école Vanier, avec les équipes midget AAA et junior B, avec les cadets de l’air et avec les Aigles de Saint-Anselme dans la Ligue acadienne qui regroupait les équipes de la région. Cette ligue était très populaire à l’époque et attirait jusqu’à 2000 personnes pour un match», indique-t-il.

Ronnie avait par ailleurs une excellente anecdote à raconter au sujet de cette ligue.

«C’était avant que j’y joue. Je devais avoir aux environs de 10 ans. Les Aigles de Saint-Anselme avaient alors une grande rivalité avec les Royals de Pré-d’en-Haut. À l’époque, les gens de Pré-d’en-Haut étaient surnommés les mangeurs de gatte et ceux de Saint-Anselme les mangeurs de crêpe», évoque-t-il.

«Un jour, en allant voir un match, mon père s’est arrêté à une poissonnerie pour acheter un gros poisson. Avant le match, il m’a donné le poisson et il m’a dit d’aller me promener de l’autre côté où se trouvaient les partisans des Royals. Ils m’ont évidemment enlevé le poisson des mains et en me tournant j’ai vu mon père qui riait aux éclats. La semaine d’après, les deux équipes s’affrontaient de nouveau et cette fois-ci les gens de Pré-d’en-Haut sont arrivés avec des crêpes gelées qu’ils lançaient sur la glace comme des frisbees. Les arbitres ont dû arrêter le match à plusieurs reprises pour ramasser les fameuses crêpes», confesse-t-il en ricanant.

La période junior

À 16 ans, Ronnie LeBlanc fait ses débuts au niveau junior avec les Beavers de Moncton dans le Circuit des Maritimes sous les ordres de l’ancien gardien étoile des Maple Leafs de Toronto, Turk Broda. Cet hiver-là, une fois l’équipe éliminée, Ronnie est invité à se greffer aux Canadiens de Halifax en compagnie de ses coéquipiers Dale Turner et Ray Gibbs en vue du tournoi de la coupe Memorial.

«Il m’est arrivé une chose bizarre pendant ce tournoi qui avait lieu à Hull. J’étais dans le cercle des mises au jeu quand j’ai été frappé dans le dos par un truc qu’une personne a lancé à partir des gradins. Quand l’arbitre a vu la chose en question, il a souri et m’a fait signe de me tourner la tête. J’ai alors vu un dentier sur la glace», lance-t-il riant.

Comme il a connu un bon tournoi il reçoit une invitation pour le camp des Red Wings de Hamilton dans la Ligue junior A de l’Ontario, devenue depuis l’OHL. Buster Harvey, Jim Schoenfeld et Rick Kehoe sont parmi ses coéquipiers.

«Je me souviens d’une série de deux matchs hors-concours que nous avons disputé contre les Atlantics de Halifax et Sam Pollock, qui était venu voir les parties, était celui qui choisissait les étoiles. J’ai eu la première étoile dans la première partie, puis la deuxième dans la suivante. Je suis convaincu que ç’a eu une incidence sur ma sélection par les Canadiens en 1972», dit-il.

En deux saisons avec les Red Wings, Ronnie amassera 40 buts et 88 points en 105 parties. Ce qui est plutôt bon pour un bonhomme à qui il reste encore deux saisons d’éligibilité dans le hockey junior.

«À ma deuxième saison, le propriétaire du club, un homme d’affaires italien qui ne connaissait rien au hockey, s’est mis à faire plein de changements. Il a même changé trois fois d’entraîneur. À un moment donné, il a voulu faire d’autres changements et il est descendu dans le vestiaire. Je me suis levé pour lui dire que ça n’avait aucun sens. J’ai dit ce que j’avais à dire. Et au lieu de m’échanger comme je m’y attendais, j’ai obtenu un A sur mon chandail. J’avais réussi à gagner son respect en refusant d’être un mouton», raconte-t-il.

Le Bleu et Or

À 19 ans, il quitte les Red Wings pour se joindre aux Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

«Je voulais devenir avocat et j’ai donc pris la décision de commencer tout de suite mes études universitaires. Par contre, ce n’est pas avec les Aigles Bleus que je devais entamer mes études. Les Huskies de St. Mary’s me voulaient et à une semaine du début des classes j’étais toujours convaincu que j’allais y jouer», dit-il.

«Une bonne journée, je suis en compagnie de mon ami Marc LeBlanc et son oncle Oswald m’a dit que ça ne fait pas de sens qu’un Acadien ne joue pas avec les Aigles Bleus. Je lui ai dit que je ne me sentais pas désiré et que les Huskies me déroulaient le tapis rouge avec une bourse. Oswald en a parlé à son frère Rodolphe qui a contacté Gilbert Finn, alors le président de l’Assomption et qui habitait à Saint-Anselme. M. Finn en a ensuite parlé à Jean-Louis Lévesque qui m’a offert la première bourse sportive de l’histoire de l’Université de Moncton», explique-t-il.

En quatre saisons avec le Bleu et Or, soit de 1971 à 1975, Ronnie récoltera l’impressionnant total de 61 buts et 118 passes pour 179 points en seulement 75 duels. Il a connu sa meilleure saison à 20 ans avec 27 buts et 35 passes pour 62 points en 20 parties. Il a d’ailleurs été choisi au sein de la première équipe d’étoiles au Canada.

«C’est au cours de cette saison que les gens ont commencé à être fier des Aigles Bleus, relate-t-il. L’aréna était souvent pleine. C’était même rendu au point où les partisans nous suivaient sur la route. Les Aigles Bleus ont grandement aidé à rendre le peuple acadien plus fier.»

Le hockey senior

À la même période, les équipes de hockey senior avaient déjà commencé à l’utiliser comme joueur affilié. Ce fut d’abord les Bears de Richibucto, puis les Bears de Moncton. Il disputera deux tournois consécutifs de la coupe Hardy avec les Bears et remportera le précieux trophée une première fois au printemps de 1975.

«C’était incroyable l’ambiance qu’il y avait au Colisée de Moncton. Cette équipe a permis à la ville de remporter un premier championnat canadien en plus de 30 ans.

C’est aussi en 1975 que mon père m’a vu jouer pour la dernière fois avec les Aigles Bleus. Il était alors mourant et quelques jours après il est tombé dans un coma dans lequel il est resté jusqu’à ce que les Hawks gagnent la coupe Hardy», indique-t-il.

Une fois l’université terminée, il se joint à temps plein aux Bears, puis décide d’aller disputer deux saisons pour les Chevies de Fredericton, où il connaîtra beaucoup de succès en plus participer une autre fois au tournoi de la coupe Hardy. En 1978, il revient à Moncton pour jouer avec les Hawks de Moncton, équipe qui lui permettra de savourer une deuxième coupe Hardy le printemps suivant.

En 1979, il poursuit son aventure senior en se joignant aux Capitals de Shediac, avec qui il participera cette fois-ci au tournoi de la coupe Allan. Puis après une pause de trois saisons, il revient pour un dernier tour de piste en 1983-1984 avec les Trappers de Riverview, avec qui il disputera un dernier tournoi de la coupe Hardy.

Quatre en quatre

Les gens ont par ailleurs oublié qu’il a aussi été l’adjoint de Jean Perron pendant quatre saisons avec les Aigles Bleus. Quatre campagnes au cours desquelles l’équipe a remporté autant de fois le championnat de l’Atlantique, en plus des deux conquêtes du championnat canadien en 1981 et en 1982.

«Le premier titre à Calgary était super, mais le deuxième au Colisée de Moncton a été incroyable, dit-il. L’aréna vibrait tellement il y avait du bruit. Il y avait beaucoup de fierté ce jour-là sur la glace et dans les gradins.»

Avec une telle feuille de route au sein du Bleu et Or, tant comme hockeyeur que comme entraîneur, il n’est pas étonnant que son chandail numéro 16 ait été retiré.

Seulement deux autres chandails ont été hissés au plafond de l’aréna J.-Louis-Lévesque au fil des années, soit les numéros 10 de Yves LeBlanc et 12 de Jeannot Boulanger, tous deux décédés de façon accidentelle.

L’intimidation

Même s’il ne mesurait que 5 pieds 9 pouces et faisait osciller le pèse-personne à 180 livres, Ronnie LeBlanc ne reculait devant personne sur la patinoire.

Partout où il est passé, il a terminé parmi les meneurs au chapitre des minutes de pénalités.

«Le jeu robuste ne m’a jamais intimidé, dit-il. Quand quelqu’un me frappait, ça me réveillait. Même que je dirais que je devenais meilleur quand j’étais fâché. J’ai appris plus tard que certains entraîneurs demandaient à leurs joueurs de ne pas me toucher pour éviter de me fâcher.»

L’imprévisible Bill Goldthorpe

À l’instar des autres légendes récemment interrogées, que ce soit Jean-Marie Bouchard, Red Ouellette, Oscar Gaudet et Joe Haché, Ronnie LeBlanc a lui aussi son moment Slap Shot.

Dans son cas, ça concerne Bill Goldthorpe, le fameux interprète d’Ogie Ogilthorpe dans le célèbre film qui mettait en vedette Paul Newman. Goldthorpe était l’un des coéquipiers de Ronnie LeBlanc avec les Trappers de Riverview en 1983-1984.

L’équipe comptait sur plusieurs excellents bagarreurs cette saison-là. Outre Goldthorpe et Gordie Gallant, les Trappers pouvaient compter sur plusieurs autres bonshommes qui étaient loin d’être des enfants de chœurs, dont Wayne MacDougall, Barry Colpitts, Louis Babineau, Jean-Paul LeBlanc et Daniel Gautreau.

«J’ai aussi joué contre lui quand il jouait à Dalhousie et honnêtement, je crois que c’était pire de l’avoir comme coéquipier, raconte-t-il au sujet de Goldthorpe. Il était tellement imprévisible. Sa personnalité était différente des autres gars. Tu ne pouvais pas lui tourner le dos. Dans les entraînements, je me souviens qu’il faisait exprès de faire des lancers frappés sur Kevin Gaudet. Il donnait pour explication que ça allait l’endurcir.»

L’immortel

1987 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton avec l’équipe des Aigles Bleus de l’U de M édition 1980-1981.

1988 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton avec ses coéquipiers des Bears de Moncton édition 1974-1975.

2004 – intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick avec l’équipe des Aigles Bleus de l’U de M édition 1980-1981 et 1981-1982.

2005 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton.

2011 – intronisé au Temple de la renommée sportive de Dieppe.

2012 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Hawks de Moncton édition 1978-1979.

2014 – intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton avec l’équipe des Aigles Bleus de l’U de M édition 1981-1982.