Phil Doiron: la grande épopée d’un athlète naturel

Si ce n’était qu’il fait partie de six panthéons dans trois disciplines, il serait bien difficile de croire à l’extraordinaire épopée sportive de Phil Doiron. Un parcours d’autant plus exceptionnel qu’il n’a commencé à faire du sport qu’à l’âge de 12 ans. Désormais, quand vous chercherez un synonyme pour athlète naturel, vous n’aurez qu’à penser à Phil Doiron.

L’occasion ne pouvait être mieux choisie pour avoir une bonne discussion avec cet immortel de Moncton.

Aujourd’hui, en ce 7 mai un tantinet frisquet, Philip Joseph, fils du Prince-Édouardien Léo Doiron et de la Matapédienne Alexina Marie Boudreau, célèbre son 79e anniversaire de naissance.

Pendant plusieurs années, Phil Doiron aura fait partie de l’élite du hockey, du baseball et de la balle rapide dans les Maritimes.

C’est tellement ancré dans l’imaginaire des gens qu’il se trouve encore plusieurs dizaines de personnes en mesure de vous raconter à quel point il était bon. Tant chez les francophones que chez les anglophones.

«J’ai patiné pour la première fois à l’âge de 12 ans, raconte-t-il. Nous vivions à l’époque sur la rue Robinson. C’est cependant quand nous avons déménagé un peu à l’extérieur de la ville, où est situé aujourd’hui Killam Drive, que j’ai joué dans mes premières équipes de hockey et de baseball.»

«Je ne sais pas pourquoi, mais je suis devenu bon assez vite. J’aimais jouer et j’avais le désir de m’améliorer», dit-il.

À 15 ans, Phil était déjà meilleur que les autres de son âge. Sur la glace, en tant que principal contributeur offensif de son club, il a guidé les Beavers de Moncton jusqu’à la conquête du Championnat midget des Maritimes avec une récolte de 15 buts et 24 points en seulement huit duels.

Lors des deux saisons suivantes, en tant que capitaine des Beavers au niveau juvénile, il remporte deux championnats provinciaux et lors de sa deuxième campagne, couronné d’un autre titre des Maritimes, il empile pas moins 60 buts et 124 points en 46 matchs, séries d’après-saisons incluses.

Entre-temps, au baseball, il a aussi accumulé les championnats et les exploits. Sa légende commence à naître.

Leafs et Bruins

En 1959-1960, désormais âgé de 18 ans, son nom commence à circuler au pays. Lors d’une école de hockey organisée par les Maple Leafs de Toronto en Nouvelle-Écosse, Phil est choisi le meilleur joueur du camp. Avant même que les Leafs ne puissent lui faire une offre de contrat, Gerry Regan, un recruteur des Bruins de Boston, le convainc de signer la «fameuse carte», ce qui dans le temps valait un contrat.

C’est ainsi qu’il se retrouve à l’automne au camp des Flyers de Barrie, une formation junior de l’OHA appartenant aux Bruins. Le défenseur Dale Rolfe et l’ailier droit Ed Westfall, qui auront tous deux de belles carrières dans la LNH, sont parmi les joueurs présents.

«Il n’y avait pas beaucoup de postes disponibles et on m’a alors envoyé au camp (des Dutchmen) de Kitchener-Waterloo. Là-bas j’ai joué un match hors-concours, puis je me suis rendu à ma pension pour prendre mes affaires. J’avais décidé de m’en retourner à la maison. L’équipe me donnait 35$ par semaine et juste ma pension me coûtait 23$ par semaine. Deux recruteurs de Toronto m’attendaient toutefois à la gare et après m’avoir invité à voir un match des Maple Leafs, ils m’ont convaincu de me rapporter à Brampton. Là aussi je n’ai joué qu’un match», affirme-t-il.

Il s’en revient donc à la maison avec son petit bonheur, où il disputera deux brillantes saisons dans le junior avec les Beavers. Non seulement il domine amplement la compétition sur la scène des Maritimes, mais l’équipe prendra part deux ans de suite au tournoi de la coupe Memorial.

En 79 rencontres au cours de ces deux saisons, il accumulera, tenez-vous bien, 96 buts et 194 points.

Au baseball, les choses vont également très bien puisque les Cubs de Moncton, dont il est la principale vedette, remportent le Championnat senior des Maritimes en 1960.

«Je me souviens d’avoir frappé le circuit vainqueur en 10e manche pendant la finale provinciale contre les Ironman de Chatham», révèle-t-il.

Avec les hommes

En 1961-1962, Phil fait ses débuts au hockey senior avec les Beavers dans le Circuit de la Nouvelle-Écosse, où il débute du bon pied avec 30 buts et 76 points en 52 rencontres. La saison suivante, il y va de 61 buts et 125 points en 76 duels avec les Hawks de Moncton, toujours dans le même circuit. L’équipe prendra également part pour la première fois au tournoi de la coupe Allan.

«On jouait devant de bonnes foules dans ce temps-là au vieux Stadium. Il y avait de l’ambiance. Plus jeune, je me souviens aussi d’avoir vu Yvon Durelle y boxer contre Gordon Wallace. Yvon Durelle, c’était l’idole de tous. C’était le premier Acadien à aller loin dans le sport», indique-t-il.

Pendant l’été de 1962, Phil Doiron mène les Rovers de Memramcook au Championnat provincial. Dans le match ultime face aux Dodgers de Saint-Jean, il permet d’abord aux Rovers de niveler la marque 8 à 8 en septième manche avec un circuit de deux points, puis donne la victoire avec une autre longue balle en neuvième manche. Il n’y a pas à dire, il a le sens du dramatique.

De 1963 à 1968, Phil Doiron poursuivra sa carrière senior de hockeyeur avec les Hawks, qu’il mènera à deux autres participations au tournoi de la coupe Allan, soit en 1966 et 1967.

Notons par contre qu’à l’automne de 1963, il refusera une offre des Ducks de Long Island, dans la Ligue Eastern, que dirigeait alors John Muckler.

«J’ai refusé d’y aller parce que je venais juste de commencer à travailler comme pompier à Moncton», résume-t-il.

Au baseball, il a continué d’épater la galerie. Rien qu’en 1964, avec les Schooners de Moncton, il maintiendra une moyenne au bâton de ,528 dans la Ligue de la Nouvelle-Écosse, un record qui tient toujours aujourd’hui.

En 1966, il guide les Schooners vers le titre des Maritimes, ce qui le mène l’année suivante aux Jeux panaméricains qui sont présentés à Winnipeg. Peu de gens le savent, mais cette équipe de baseball est la première à représenter le Canada dans tournoi international. Il connaîtra son moment de gloire en cognant un double de trois points contre les États-Unis.

Non au North Stars

Pendant l’été de 1967, Phil Doiron refusera une deuxième offre professionnelle au hockey, cette fois-ci des North Stars du Minnesota qui viennent tout juste d’être acceptés dans la Ligue nationale.

«C’est Rollie McLanahan qui avait réussi à convaincre Wren Blair, le directeur général et entraîneur des North Stars, de m’inviter. Il avait dit à Blair de me donner une chance. Mais encore une fois j’ai refusé d’y aller à cause de mon métier de pompier», précise-t-il.

De 1968 à 1970, il portera les couleurs des Alpines de Moncton dans la Ligue provinciale senior.

À la fin des années 1960, il portera aussi les couleurs des Viponds Sprinklers de Moncton en balle rapide. Équipe très populaire auprès du public, les Sprinklers sont devenus la première équipe de l’Atlantique à remporter un match lors d’un Championnat canadien.

Après une pause de deux ans, il revient au hockey en 1972-1973 avec les Bears de Richibucto. Au printemps, une fois les Oursons éliminés, il accepte l’offre des Mooseheads de Saint-Jean qui sont qualifiés pour le tournoi de la coupe Hardy. Sage décision de sa part puisque ça lui permettra de savourer son seul championnat canadien en carrière.

L’année suivante, âgé de 32 ans, Phil Doiron complétera son aventure dans le hockey avec les Bears de Moncton. Un parcours qui se terminera à Embrun, près d’Ottawa, pour un deuxième tournoi de la coupe Hardy.

«C’est quand même étrange la vie, lâche-t-il. Je n’ai jamais pu prendre part à un tournoi national dans ma ville, puis la saison d’après les Bears ont accueilli le tournoi de la coupe Hardy et l’ont remporté.»

«J’étais encore capable de jouer, mais j’avais décidé de m’arrêter. C’était devenu trop difficile de combiner mon métier de pompier avec le sport. Il y avait le hockey l’hiver, le baseball et la balle rapide l’été, puis mon travail. J’étais tellement occupé que je n’avais même pas le temps de laisser mes bobos guérir. Vers la fin, mon genou gauche me donnait de plus en plus de misère», explique-t-il.

Genou gauche qu’il s’était gravement blessé quelques étés auparavant en jouant une partie de balle-molle.

«Ce qui est arrivé c’est que j’ai essayé d’étirer un double en triple, quand le coureur qui était devant moi a décidé de virer de bord alors qu’il était à mi-chemin entre le marbre et le troisième-but. En mettant les freins, alors que j’avais déjà contourné le deuxième coussin, j’ai entendu un crack dans mon genou gauche. Je savais que c’était grave. Je m’étais alors déchiré le ligament du genou», relate-t-il.

Un seul numéro

Pendant toutes les années qu’il a fait du sport, Phil Doiron n’a porté qu’un seul numéro, le 5.

«J’ai toujours porté le même numéro, que ce soit au hockey, au baseball ou à la balle rapide. Pourquoi le 5? Pour la simple raison que plusieurs bons athlètes portaient ce numéro dans le temps. Il y avait Boom Boom (Geoffrion) au hockey avec les Canadiens, (Joe) DiMaggio au baseball avec les Yankees et Paul Hornung au football avec les Packers de Green Bay. Ce n’étaient quand même pas mes héros. Mon véritable héros à moi c’était Billy Harris, un gars du Nouveau-Brunswick qui a réussi à jouer dans le Baseball majeur», tranche-t-il.

Le baseball de préférence

Bien qu’il adorait le hockey, son sport de prédilection aura toujours été le baseball.

«Faut croire que j’aimais mieux me retrouver sous le soleil, que de geler avant et après les matchs dans un char frette», image-t-il en riant.

«Ce que j’aimais avec le baseball, c’était la confrontation avec le lanceur, le one-on-one. Moi contre lui. J’adorais ça. Et en défensive, j’aimerais beaucoup faire des double jeux. J’en ai préparé plusieurs avec René Pepsi Landry et Art Burke, qui évoluaient au deuxième coussin.»

«J’ai joué à toutes les positions, mais j’ai surtout évolué à l’arrêt-court. J’avais un bon bras fort et je couvrais du terrain. Au bâton, j’avais de la puissance tout en frappant pour la moyenne. J’étais très difficile à retirer. En tout cas, c’est ce que disaient les lanceurs», lance-t-il en riant.

«Dans les années 1960, je faisais partie d’un trio de joueurs avec Scott Harvey, des Royals de Marysville, et Cuffy McLaughlin, des Ironman de Chatham, qui bataillaient chaque année pour le championnat des frappeurs. J’ai eu beaucoup de bons matchs dans le senior. J’ai même réussi deux fois à frapper deux circuits dans une même manche», se remémore-t-il.

Une marche chaque jour

À l’instar de Joe Haché et Oscar Gaudet, Phil Doiron continue de se maintenant en forme.

«La voiture est vielle, mais le moteur est encore bon, dit-il en riant. Chaque matin, je quitte la maison à 6h10 pour aller prendre une marche de 75 minutes.»

Pas question toutefois de jouer au golf.

«Je me suis souvent fait dire par des gens que ça n’avait pas de bon sang qu’un athlète comme moi ne joue pas au golf. Je leur dit que j’aime mieux tondre mon gazon. Ça va plus vite», confie-t-il en riant.

Son complice Oscar

Tous deux nés en 1941, Phil Doiron devance son bon ami Oscar Gaudet que par cinq mois.

«Oscar et moi, on a joué ensemble dans tous les sports. En plus, nous avons pas mal toujours été côte-à-côte. On jouait dans le même trio au hockey et à la balle il évoluait au troisième-but et moi à l’arrêt-court», mentionne-il.

Il profite de l’occasion pour raconter une anecdote au sujet d’Oscar.

«On jouait pour les Rovers de Memramcook cet été-là. Nous avions un match le samedi soir et j’avais décidé que j’allais coucher à Memramcook. Oscar s’était offert de m’héberger. Vers 5 heures du matin, le coq s’est mis à hurler et j’ai sauté dans le lit en poussant un cri: ‘‘My God, qu’est-ce que le diable fait icitte’’. J’ai réveillé toute la maison. J’étais juste un pauvre gars de la ville qui n’avait jamais entendu un coq chanter», raconte-t-il en riant.

«Oscar et moi, on se revoit chaque année à la cérémonie du Mur de la renommée. Gene (Gaudet), Ronnie (LeBlanc) et Bob (Beers) sont également là d’habitude. C’est pour nous l’occasion de jaser du bon vieux temps», indique-t-il.

– Vous n’avez vraiment jamais regretté d’avoir dit non au hockey professionnel?, qu’on lui demande en conclusion.

«Non, jamais. Ça ne m’attirait pas. J’ai toujours été bien à Moncton», termine-t-il.

L’immortel*

1986 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton à titre d’athlète polyvalent.

1991 – Intronisé au Temple de la renommée sportive de Saint-Jean en compagnie de ses coéquipiers des Mooseheads (hockey senior), édition 1972-1973.

1993 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Hawks (hockey senior), édition 1962-1963.

1994 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick à titre d’athlète multisports.

2000 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Manitoba en compagnie de ses coéquipiers de l’équipe canadienne de baseball des Jeux panaméricains de 1967.

2003 – Intronisé au Temple de la renommée de Baseball Nouveau-Brunswick.

2008 – Intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick en compagnie de ses coéquipiers des Mooseheads Saint-Jean (hockey senior), édition 1972-1973.

2009 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Beavers (hockey junior), édition 1959-1960 et 1960-1961.

2009 – Intronisé au Temple de la renommée de Balle-molle Nouveau-Brunswick en compagnie de ses coéquipiers des Viponds Sprinklers de Moncton (balle rapide), éditions 1968 à 1970.

2010 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Viponds Sprinklers (balle rapide), éditions 1968 à 1970.

2011 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Cubs (baseball), édition 1960.

2012 – Intronisé au Mur de la renommée sportive Moncton en compagnie de ses coéquipiers des Schooners (baseball), édition 1966.

2015 – Intronisé au Temple de la renommée sportive des Maritimes en compagnie de ses coéquipiers des Beavers (hockey junior), édition 1960-1961.

2015 – Intronisé au Mur de la renommée sportive de Memramcook en compagnie de ses coéquipiers des Rovers (baseball), édition 1962.

2017 – Intronisé au Temple de la renommée sportive des Maritimes à titre d’athlète multidisciplinaire.

* Phil LeBlanc est également au Temple de la renommée sportive de Baseball Nouveau-Brunswick en compagnie de ses coéquipiers des Cubs de Moncton (1960) et des Schooners de Moncton (1966), mais l’année de chacune de ses deux intronisations n’était pas disponible au moment d’écrire ces lignes.

Phil Doiron – Illustration