Le parcours inusité de Pierre Ouellette

Parmi tous les hockeyeurs acadiens qui évoluent chez les professionnels, Pierre Ouellette est sans l’ombre d’un doute le plus méconnu du groupe. En fait, n’eut été son homonyme du Nord-Ouest, un combattant d’arts martiaux mixtes qui a également disputé une dizaine de saisons dans le Circuit senior Roger-Lizotte, peu de gens songeraient à associer le nom de Pierre Ouellette au hockey.

Âgé de 26 ans, Pierre Ouellette vient de compléter une première saison professionnelle avec les Ice Bears de Knoxville dans la SPHL, la même ligue au sein de laquelle Mathieu Newcomb fera ses débuts cet automne sous les couleurs du Havoc de Huntsville.

Auparavant, le Dieppois a évolué pendant quatre ans dans le hockey universitaire américain.

Pour tout dire, Ouellette promène son baluchon loin du Nouveau-Brunswick depuis l’adolescence.

«Je suis parti de la maison à 15 ans pour m’en aller jouer à Cornwall, révèle le défenseur gaucher de 6 pieds 1 pouce et 195 livres. J’y suis resté trois ans. À ma première année à Cornwall, Robbie Graham, Brandon Carrier et Cody McDermott, qui viennent aux aussi du Nouveau-Brunswick, étaient également là.»

«Les dirigeants de l’équipe de Cornwall m’ont découvert lors d’un showcase sur l’Île-du-Prince-Édouard. Ça m’a tout de suite intéressé. Jouer midget avec les Flyers de Moncton ne m’intéressait pas vraiment. Je voulais jouer loin de la maison. J’avais le goût de l’aventure», affirme le sympathique barbu, dont la mère Diane Albert est la cousine du volleyeur Marc Albert qui a pris part aux Jeux olympiques de 1992 à Barcelone.

Si on fait abstraction des vacances annuelles à Dieppe, ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué de revenir à la maison.

À 17 ans, il prend par exemple part au camp d’entraînement du Titan d’Acadie-Bathurst à titre de joueur invité. Le directeur général Sylvain Couturier va même jusqu’à lui proposer un poste de septième défenseur. Offre qu’il refuse avant de quitter le camp au bout de 48 heures afin de conserver son éligibilité dans la NCAA. Comme il a aussi été repêché quelques semaines plus tôt par les Mariners de Yarmouth, il se dirige ensuite à leur camp, mais décide rapidement de s’en retourner à Cornwall.

«Je voulais terminer mon école en Ontario pour avoir la chance d’être repêché à 18 ans dans une équipe junior de cette province», dit-il.

Ouellette fait tellement bien à sa dernière saison avec les Mavericks M18 de Cornwall, menant son équipe au championnat provincial grâce à une récolte de 14 points (7-7) en seulement huit rencontres, que les Bears de Smiths Falls de la Ligue Centrale (CCHL) en font leur premier choix, le cinquième au total, en 2012.

«Si je l’avais voulu, j’aurais même pu être choisi au deuxième rang au total par les 73’s de Kemptville. Ils me voulaient, mais j’avais demandé à mon agent Gord Pittman de leur dire que je n’étais pas intéressé à y aller», se souvient Ouellette.

À la même période, il est invité au camp d’entraînement des Wildcats de Moncton par Danny Flynn qui lui garanti aussi bien dire un poste. Ouellette a cependant répondu dans la négative.

«Mon idée était déjà toute faite et je voulais vraiment aller jouer dans la NCAA. Avec le recul, même si je ne suis pas le genre à m’apitoyer sur le passé, je le regrette aujourd’hui un peu. Sauf que dans le temps, même si je n’y suis finalement pas arrivé, mon rêve était de jouer en Première division dans la NCAA. C’est évident que j’aurais pu faire les choses différemment, d’autant plus que Danny Flynn me voulait vraiment à Moncton. Ça aurait pu être amusant de jouer à la maison», confie Ouellette, qui dit avoir également dit non aux Commandos de Dieppe dans la MHL.

À Smith Falls, les choses ne vont vraiment pas à son goût. L’entraîneur ne lui donnait pas de temps de jeu. Il était donc malheureux comme les pierres. Sauf que le hasard a voulu qu’il soit échangé au Colts de Cornwall au bout de huit rencontres. Le bonheur.

«Je connaissais la ville comme le fond de ma poche et l’entraîneur m’a immédiatement fait de la place dans le top-6. Nous avons même remporté le championnat des séries de la ligue au printemps», indique-t-il.

Après une deuxième campagne à Cornwall, puis une dernière à titre de joueur de 20 ans avec les Hawks d’Hawkesbury, Pierre Ouellette entame ses études universitaires à Oswego, dans l’état de New York. Il a d’ailleurs refusé une offre d’un club de Première division avant de se présenter aux Lakers de l’Université SUNY-Oswego.

«Les dirigeants des Yellow Jackets de l’American International College m’ont approché à la toute dernière minute et ça m’avait semblé pas mal broche à foin leur affaire. À la dernière minute, ils voulaient que j’y aille sans m’accorder de bourse d’études. J’ai donc décidé de suivre ma première idée et d’aller à Oswego en Troisième division», mentionne-t-il.

Son passage à Oswego sera toutefois à oublier.

«J’ai passé l’hiver dans les gradins et je n’ai pratiquement pas joué dans les huit matchs où j’ai été utilisé. Comme je n’étais pas intéressé à retourner Oswego, un ami m’a parlé du Crimson Tide de l’Université de l’Alabama. Je savais que c’était une grosse université de football, mais je n’avais aucune idée qu’on y jouait aussi au hockey. Le Crimson Tide évolue dans l’ACHA, qui se compare à la Troisième division. La première année, le calibre n’était vraiment pas fort et j’ai terminé la saison avec 41 points (17-24) en 29 parties. J’ai aussi été choisi au sein de la troisième équipe d’étoiles. Mais lors de mes deux dernières saisons, le niveau de jeu était beaucoup mieux. Nous affrontions régulièrement les meilleures équipes de la division», souligne-t-il.

«Ce que je retiens c’est que mon passage en Alabama, il m’a non seulement permis de m’améliorer comme joueur, mais également comme être humain. J’y suis aussi devenu une personne plus autonome», relate-t-il.

Le saut chez les pros

Pendant l’été de 2019, désormais âgé de 25 ans et détenteur d’un bac en administration des affaires, Pierre Ouellette prend la décision de tenter sa chance au niveau professionnel.

«Je ne voulais pas avoir de regrets. Je suis d’abord allé comme agent libre au camp des Mariners du Maine dans la East Coast. Malheureusement, ils avaient déjà six défenseurs sous contrat et je n’avais aucune chance. En fait, j’y suis surtout allé pour l’expérience. Puis sont arrivés dans le portrait les Ice Bears de Knoxville. L’entraîneur Jeff Carr m’a fait jouer régulièrement dès le départ. Plus la saison avançant et mieux ça allait pour moi. Vers la fin de la saison, je faisais même partie du top-4 en défensive», révèle celui qui a complété sa première saison professionnelle avec 10 points (2-8) en 47 duels.

«Il n’y a encore rien de confirmé, mais le plan est de retourner avec les Ice Bears à l’automne. Ils m’ont d’ailleurs promis que j’allais avoir un rôle encore plus important dans l’équipe au sein du top-3. J’ai appris que Mathieu Newcomb, que je connais un peu, allait jouer à Huntsville. Ça va donner des matchs intéressants parce qu’il y a une grande rivalité entre Knoxville et Huntsville», indique celui qui est réputé pour son gros lancer frappé.

«Je prends ça une saison à la fois chez les professionnels. On va voir où cela va me mener. Après une autre saison dans la SPHL, je ne dirais pas non d’aller poursuivre l’aventure en Europe. On verra bien», ajoute Pierre Ouellette, qui a également pratiqué le baseball, le volleyball et le soccer plus jeune, en plus d’avoir représenté le Sud-Est aux Jeux de l’Acadie dans la discipline du tennis.