Décès de Rhéal Cormier: «Nous venons de perdre un trésor»

Les hommages affluent de partout à la suite du décès de Rhéal Cormier, considéré comme le «parrain» qui a marqué la vie de centaine de jeunes dans la région de Lamèque, Shippagan et Miscou ainsi que dans toute la Péninsule acadienne.

L’ancien enseignant qui a donné son nom au centre sportif de Shippagan, la première patinoire intérieure de la Péninsule acadienne construite et inaugurée en 1962 par nul autre que le célèbre Maurice Rocket Richard, s’est éteint dans la nuit de samedi à dimanche, à l’âge de 98 ans.

D’ailleurs, le tableau électronique situé à l’entrée de l’amphithéâtre a affiché dimanche un message de remerciement à l’endroit de cet homme plus grand que nature.

Originaire de Bertrand, M. Cormier a commencé à organiser des événements dès l’âge de 12 ans par nécessité, a-t-il lui-même dévoilé dans une récente entrevue télévisée. Quand il a déménagé à Shippagan en 1953 pour y enseigner à l’école régionale, il s’est également mis à la tâche de doter la communauté d’organisations et d’infrastructures sportives qui faisaient cruellement défaut à cette époque.

Il a réussi à aller chercher les 700 000$ nécessaires pour la construction de l’édifice qui allait plus tard porter son nom en 1974. Honneur qu’il a d’abord refusé.

Il a ensuite coiffé divers chapeaux, qu’il portait allègrement, d’ailleurs, comme son idole: gérant, entraîneur, organisateur. Quand il dirigeait les Marchands de Shippagan, il disait qu’il se prenait pour Toe Blake et fonctionnait comme si les Marchands constituaient une formation de la LNH.

Rhéal Cormier a été intronisé au Temple de la renommée sportive du Nouveau-Brunswick en 1994 et, encore jusqu’à tout récemment, entretenait régulièrement sa page Facebook personnelle. Il a été nommé citoyen honoraire de la Ville de Shippagan en 1980.

Témoignages

«Il ne s’en fait plus comme lui», a commenté le député indépendant de Lamèque-Shippagan-Miscou, Robert Gauvin, qui a joué son hockey mineur dans le célèbre aréna qui a aussi vu se développer les Luc Bourdon, Yannick et l’officiel Bernard DeGrâce et autres grands athlètes locaux.

Il se souvient spécialement d’un moment où ce grand homme est venu le réconforter après un match difficile devant le filet.

«Quand j’ai commencé à jouer comme gardien, je n’étais pas le meilleur. J’avais 12 ou 13 ans et je venais d’accorder 12 buts. J’étais assis et j’étais triste. M. Cormier m’a vu et il m’a dit qu’il allait y avoir une autre partie la semaine prochaine. Cela a tout mis les choses en perspective.»

Robert Gauvin estime que des milliers de personnes ont vu leur vie transformée par l’engagement scolaire, communautaire et sportif du défunt.

«Il a fait partie du monde qui faisait des affaires pas pour leur bien personnel. Il ne recherchait pas ses deux minutes de gloire. C’était l’une de ses plus grandes noblesses. Quand il était jeune, il n’avait pas accès à des installations et il s’est dit qu’une fois adulte, il travaillerait pour en faire pour les autres. Nous venons de perdre un trésor. Un homme respectueux, qui te parlait en douceur, qui avait la voix de la raison, mais qui disait ce qu’il avait à dire. Si tout le monde était comme lui, on serait bien mieux», estime le politicien.

Luc Bourdon père mentionne qu’il aurait de nombreuses anecdotes à raconter au sujet de ce grand philanthrope qui cherchait à aider les jeunes sportifs par tous les moyens possibles sans pour autant en retirer les honneurs.

«On jouait à la balle-molle à Shippagan et M. Cormier avait sa maison juste derrière le terrain de balle. Il venait nous voir à tous nos matchs. On lui a fait part que nous n’avions pas de tableau de pointage. En une saison, il avait investi son temps et son argent pour qu’on en ait un. Ç’a été très chic de sa part», se souvient-il.

Autre moment inoubliable pour le paternel du regretté défenseur. Luc fils devait aller jouer un tournoi à Boston et la famille vendait des billets afin de financer ce périple.

«M. Cormier est venu cogner à notre porte sans qu’on le lui demande. Il nous a donné un gros montant, plusieurs centaines de dollars, pour que mon fils puisse aller jouer à Boston. Il nous a dit qu’on n’avait pas besoin de mentionner ça. Son geste a vraiment été apprécié et j’imagine qu’il a dû le faire pour plusieurs autres jeunes qui faisaient du sport. À la fin de sa brillante vie, on aimait bien se rappeler de ses histoires. Il avait chez lui plusieurs scrapbook d’articles et de photos. On était tous impressionné», mentionne celui qui souhaite que la Ville rende un hommage particulier au disparu.

Grandes qualités humaines

Dave Cowan a aussi arpenté les losanges de la région de Shippagan à la balle-molle et au baseball. Il a pu côtoyer cet homme à de nombreuses reprises et il en garde un souvenir impérissable.

«Il a tellement été gentil avec moi. C’était une belle personne avec un bon coeur. Quand il arrivait sur le terrain, on sentait sa présence. Il avait un tel charisme. Tout le monde l’aimait. On allait tous le voir pour lui serrer la main. Il savait tellement de choses, c’était hallucinant. Il était toujours en train de nous dire à quel point on était bon, même si ce n’était pas toujours vrai. Il éprouvait une grande fierté de voir des jeunes s’adonner aux sports. Il est de ces personnes qui rendent une communauté meilleure et plusieurs personnes ont suivi son exemple dans le bénévolat. J’ai eu la chance de le connaître, car c’est quelqu’un de grand.»

L’actuel gérant du Centre Rhéal-Cormier, Gilles Cormier (aucun lien de parenté), a noté plusieurs grandes qualités humaines chez cet homme qui se tenait à l’affût de tout.

«Je suis allé le voir récemment et il avait les Marchands de Shippagan (l’équipe de hockey senior). Il était content qu’on ait repris ça en main. Il blaguait même en disant que les anciens joueurs des Marchands étaient maintenant tous au foyer et qu’il était leur coach! Il avait un intérêt incroyable pour l’épanouissement des jeunes à travers des infrastructures dans lesquels ils pouvaient jouer. C’est assurément son plus grand héritage. Il est de cette génération où le bénévolat était ancré en lui. Pour, M. Cormier, c’était naturel de passer ses soirées et ses fins de semaine à faire du bénévolat auprès de nos jeunes. On ne verra plus ça. C’était une de nos icônes», a-t-il raconté.

Un maniaque de sport

L’ancien arbitre de la LNH, Bernard DeGrâce, visitait M. Cormier à chacune de ses visites à Shippagan. Il conserve en mémoire trois moments marquants.

«Quand j’ai été nommé arbitre dans la LNH, il a été l’un des premiers à m’appeler pour me féliciter. Ensuite, lors de mon intronisation au Temple de la renommée sportive du N.-B., il s’est présenté en chaise roulante pour me serrer la main. Enfin, mon épouse et moi avons pu passer une heure avec lui et sa femme Rita à jaser de sport. Cette rencontre m’avait particulièrement illuminé. Il était un maniaque de sport, mais surtout un maniaque de voir grandir les jeunes à travers le sport», a-t-il confié.

Le défunt possédait d’ailleurs un album d’articles et de photos de Bernard et de Yannick dans leur ascension vers les plus hautes sphères du hockey professionnel.

«Il avait cette volonté de faire bouger les choses parce qu’il savait que le sport rassemblait les gens. Quand je jouais au tennis à la polyvalente, on le voyait sur les lignes de côté. Quand on était à l’aréna, on le voyait dans les estrades. Le sport était sa famille. On a besoin de d’autres Rhéal Cormier», a-t-il continué.

La mairesse de Shippagan, Anita Savoie Robichaud, soutient que bien plus de jeunes qu’on pense sont redevables à la générosité de Rhéal Cormier. Les drapeaux de la municipalité ont été mis en berne.

«Il a été engagé à tous les niveaux pendant plus de 50 ans, fait-elle part. Il a eu un impact sur tous les sportifs qui ont performé aux niveaux élite ou récréatif. Ils lui sont redevables, c’est certain. C’était un type informé sur tout, il était très allumé et il n’a jamais cherché à retirer de la gloire de ses actions. Il a été très généreux de son temps et de son argent quand c’était nécessaire. Quand on a installé le nouveau tableau indicateur en face de l’aréna, il a tenu à contribuer. Il disait que si des gens investissent dans leurs maisons, il pouvait bien le faire pour sa maison, le Centre Rhéal-Cormier.»