Sean Couturier a soif d’une coupe Stanley

C’est quand même quelque chose de voir son nom associé à des légendes tels que Bob Gainey, Guy Carbonneau, Sergei Fedorov, Pavel Datsyuk et Patrice Bergeron. Comme ce n’est pas rien également d’être le quatrième Néo-Brunswickois à remporter un trophée individuel de la LNH après Gordie Drillon, Danny Grant et Roland Melanson.

Ce sont d’ailleurs là tous des noms que l’auteur de ces lignes a mentionné à Sean Couturier pendant le long entretien téléphonique que le récipiendaire du trophée Frank J. Selke a accordé au journal, mardi, en fin d’après-midi.

Bien sûr, le numéro 14 des Flyers de Philadelphie se sent très valorisé d’être aujourd’hui considéré le joueur le plus complet de la ligue. Qui ne le serait pas?

Mais savez-vous ce qu’il s’est empressé de dire ensuite?

«Tous ces gars-là que tu viens de me nommer ont tous remporté la coupe Stanley. C’est cela mon but dans le hockey. Je veux gagner la coupe Stanley.»

«Bien sûr, le Frank-Selke est un bel honneur, mais ça se veut surtout le reflet de notre belle saison en tant qu’équipe. Sans mes coéquipiers et sans mes entraîneurs, je n’aurais jamais pu gagner ce trophée. Oui c’est un succès individuel, mais c’est impossible d’y arriver sans l’équipe», confie-t-il humblement.

Justement, après cette dernière campagne somme toute positive, Sean Couturier croit plus que jamais aux chances des Flyers de remporter sous peu le Saint Graal du hockey.

«Il ne manque pas grand-chose à notre équipe, dit-il. Nous ne sommes pas loin. Je crois que nous avons déjà tous les outils en place. Pour une raison que j’ignore, nous ne sommes pas parvenus à jouer à la hauteur de nos attentes dans les dernières séries, même si nous avons poussé les Islanders de New York à un septième et ultime match. Les Islanders sont une équipe très coriace.»

«Nous avons un bon mélange de vétérans et de jeunes. Les ajouts de vétérans comme Kevin Hayes et Matt Niskanen ont beaucoup aidé, en compagnie des autres qui étaient déjà là comme Claude Giroux et Jakub Voracek. Leur présence aide beaucoup des jeunes comme Travis Konecny et Joel Farabee. J’aime aussi beaucoup le potentiel de notre défensive qui va continuer de s’améliorer avec nos quatre jeunes qui ont tous moins de 25 ans (Ivan Provorov, Travis Sanheim, Robert Hagg et l’Acadien Philippe Myers). Notre défensive va devenir bientôt l’une des meilleures de la ligue. Et c’est sans oublier Carter Hart devant les buts», énumère le hockeyeur de Bathurst.

J’en ai évidemment profité pour lui demander comment c’était de jouer dans la même équipe que l’autre Acadien de la ligue. Et Sean qui me prouve aussitôt connaître par coeur le parcours du Dieppois.

«C’est une très belle histoire que celle de Philippe. Il n’a pas été sélectionné à son année de repêchage et les Flyers l’ont invité à leur camp des recrues quelques semaines plus tard. Il a tellement bien fait qu’il a ensuite été invité au gros camp où il a convaincu l’organisation de lui faire signer un contrat. Philippe a même réussi à disputer un match préparatoire lors de ce camp. C’est quelque chose d’assez rare pour un joueur invité», mentionne-t-il.

«Philippe n’a pas arrêté de s’améliorer depuis. Vraiment, les Flyers sont chanceux de l’avoir. Parce que si Philippe s’était retrouvé disponible au repêchage suivant, je crois qu’il aurait été choisi en première ronde», affirme-t-il.

«Il nous arrive même de nous parler de temps en temps de nos histoires en Acadie. C’est plaisant d’entendre l’accent acadien. Même moi, je me surprends parfois à retrouver naturellement mon accent», lance-t-il en riant.

Un premier enfant

Le 23 juillet, l’épouse de Couturier, Laurence, a donné naissance à la petite Ella, le premier enfant du couple. Un événement heureux que Sean n’a cependant pu savourer comme il aurait voulu, puisqu’il a dû aller rejoindre ses coéquipiers dans la bulle mise à leur disposition à Toronto en vue des séries éliminatoires.

«Honnêtement, ça n’a pas été facile de laisser ma femme gérer ça toute seule. Quand nous avons eu l’annonce que nous aurions un enfant, nous étions convaincus que juillet était le timing parfait pour nous, puisque ça coïncidait avec la saison morte pour le hockey. Finalement, ça n’aurait pas pu être un pire moment. Mettons que j’ai passé pas mal de temps sur FaceTime dans mes moments libres», raconte le hockeyeur de 6 pieds 4 pouces et 212 livres, qui insiste pour dire que sa situation familiale n’a toutefois aucunement nui à son jeu pendant les séries.

La LHJMQ sous-estimée

Pendant l’entrevue, il a également été question de la LHJMQ. En fait, nous avons surtout discuté du fait que la LHJMQ était toujours sous-estimée par la majorité des organisations de la Ligue nationale.

Par exemple, sept joueurs issus de la LHJMQ ont terminé dans le top-26 dans la course pour l’obtention du trophée Selke, dont quatre parmi les 10 premiers. Outre Sean, on retrouve Patrice Bergeron (2e), déjà quatre fois vainqueur du précieux trophée, Phillip Danault (6e), Brad Marchand (9e), Jean-Gabriel Pageau (13e), Claude Giroux (19e) et Nathan MacKinnon (26). C’est un joueur de moins que la WHL et l’OHL réunis. Surprenant, non?

De plus, dans les présentes séries, trois joueurs occupent la tête des meilleurs pointeurs, dont les anciens de la LHJMQ que sont MacKinnon et Nikita Kucherov. En saison régulière, quatre ont terminé parmi les 10 premiers, soit MacKinnon (5e), Marchand (6e), Kucherov (7e) et Jonathan Huberdeau (10e).

«La LHJMQ a longtemps été considérée comme une ligue offensive, mais c’est derrière nous tout ça. On y voit plus de pointages de 9 à 8 comme dans les années 1980. La ligue développe maintenant des joueurs plus complets», souligne Sean qui, à l’évidence, avait déjà fait ce constat avant que la question ne lui soit posée.

«Quand j’ai remporté mon championnat des pointeurs avec les Voltigeurs (2009-2010), je n’avais réussi que 96 points. C’est vraiment pas beaucoup pour une ligue junior. Aujourd’hui, c’est évident que les équipes de la LNH sous-estiment le jeu qui se pratique dans la LHJMQ. Je trouve ça plate que cette mentalité soit encore là vis-à-vis de la ligue, alors qu’on y développe pourtant des joueurs très complets», souligne-t-il avec justesse.

Yanic Duplessis

Comme la grande majorité des joueurs de hockey, Sean a suivi de près la sortie du placard du jeune espoir des Voltigeurs de Drummondville, Yanic Duplessis, la semaine dernière. Ça l’intéressait d’autant plus que le jeune hockeyeur de Saint-Antoine a grandi au sein de la même organisation.

«Ça prend du courage de faire une telle annonce à 17 ans. Je lui lève mon chapeau. Tous les joueurs devraient pouvoir se sentir à l’aise dans une équipe. Tous les gars devraient se sentir inclus», soutient-il.

Quand je lui mentionne que Duplessis s’est peut-être mis un brin trop de pression sur les épaules en raison de certaines mentalités qui sont difficiles à changer, Sean ne m’a pas laissé finir ma réflexion.

«Ça ne serait pas mieux pour lui s’il n’est pas bien dans sa peau. Le plus important dans une telle situation, c’est de se faire accepter comme tu es. C’est sûr que nous ne vivons pas dans un monde parfait et qu’il y aura toujours des innocents pour dire des choses, mais il faut évoluer comme société. Des gars courageux comme Yanic, ça en prendrait plus», avance-t-il.

Le conseil de Sean

En fin d’entrevue, je lui ai demandé quel conseil il pouvait donner aux jeunes hockeyeurs qui rêvent de suivre ses traces.

«D’avoir du plaisir tout en s’amusant», a-t-il d’abord rétorqué.

«Et puis, pour faire une carrière dans le hockey, tu dois bien sûr en grandissant mettre les efforts et faire de grands sacrifices. Par exemple, tu dois oublier d’aller à la danse du vendredi soir avec les amis afin d’être en forme le lendemain matin pour ton entraînement ou un match. Mais tout ça doit venir de toi-même de façon naturelle. Il faut pas que tu vois ça comme une obligation. Ce sont tous les petits efforts et les sacrifices que tu vas faire qui vont finir à payer à long terme», résume-t-il.

Sean Couturier en dix questions

Afin de connaître davantage sur lui, Sean Couturier a accepté de répondre à 10 questions-réponses.

Acadie Nouvelle: Si tu avais une baguette magique qui te permettrait de faire un changement majeur dans le but de rendre le jeu dans la LNH encore plus excitant, ce serait lequel?

Sean Couturier: C’est une question difficile parce que j’aime bien le jeu qui se pratique en ce moment dans la LNH. Mais après mûres réflexions, je crois que si tu reçois une punition en échappée ça devrait automatiquement être un lancer de pénalité et non pas une pénalité de deux minutes.

AN: Tes coéquipiers sont-ils au courant qu’il y a une avenue Sean-Couturier à Bathurst?

SC: Il y en a quelques uns qui sont au courant, mais je crois que la majorité des gars ne le savent pas.

AN: Nous savons tous que le talent n’est pas suffisant pour jouer dans la LNH. De tes années pee-wee, bantam et midget au Nouveau-Brunswick, quels sont les joueurs avec le plus de talent que tu as eu comme coéquipiers et dont tu étais convaincu qu’ils allaient jouer dans la LNH, mais qui n’y sont finalement pas arrivés?

SC: Je dirais Zack Phillips, Alex Noel et Brandon Hynes. Ce sont trois gars avec qui j’ai joué dans les tournois d’été V-Reds Prospect. Ils étaient vraiment très dominants en grandissant.

AN: Quand tu évoluais dans la LHJMQ, qui était le joueur le plus fatiguant à jouer contre? Et dans la LNH, le plus fatiguant c’est qui?

SC: Hubert Labrie des Olympiques de Gatineau dans le junior et Zdeno Chara des Bruins de Boston dans la LNH.

AN: Qui est le défenseur le plus difficile à contourner?

SC: Encore là, c’est Zdeno Chara.

AN: Quel est le truc le plus bizarre qui te soit arrivé sur une patinoire depuis que tu joues au hockey, peu importe le niveau dans lequel tu évoluais?

SC: Je ne nommerai pas le nom du gars, mais dans le junior j’ai vu un gardien tomber malade en plein milieu d’un match et qui s’est mis à vomir partout sur la patinoire à travers son masque.

AN: Quand tu suivais les activités du Titan d’Acadie-Bathurst au début des années 2000 au Centre régional K.-C.-Irving, qui était ton joueur préféré dans l’équipe?

SC: Thomas Beauregard.

AN: Collectionnes-tu tes propres cartes de hockey? Et si oui, c’est laquelle ta préférée?

SC: Non, je ne collectionne pas mes cartes. Mais lorsque j’étais jeune je collectionnais les cartes de Martin Brodeur.

AN: Suivre les traces de ton père (Sylvain Couturier) et devenir un jour directeur général (ou entraîneur) dans la LHJMQ est-il quelque chose qui pourrait t’intéresser?

SC: Oui c’est quelque chose qui m’intéresse. Mais je suis encore loin de savoir qu’est-ce que je veux vraiment faire après ma carrière.

AN: Qui a le plus beau sourire sans ses dents: Brent Burns, Sean Couturier, Bobby Clarke, Drew Doughty ou Dustin Brown?

SC: C’est moi évidemment. (Rires)