Chad Arsenault: le temps d’un week-end

Chad Arsenault a manifestement le sens du spectacle. Dès son premier week-end dans la LHJMQ, l’Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard a fait ses débuts vendredi soir en menant le Titan d’Acadie-Bathurst à un gain de 4 à 3 après une belle remontée, a signé son premier jeu blanc deux jours plus tard en repoussant 34 rondelles et s’est forgé le meilleur dossier parmi tous les gardiens du circuit. Et tout ça après avoir été échangé vendredi matin.

Inutile de dire qu’Arsenault se souviendra longtemps de cette fin de semaine, d’autant plus que ses parents et sa sœur étaient présents pour les deux rencontres.

«J’ai eu beaucoup de plaisir, affirme Arsenault. Même dans mes rêves les plus fous, jamais je n’avais pensé que ça allait ressembler à ça. Toute la famille, on va s’en souvenir longtemps. Ça faisait longtemps que je rêvais de jouer dans la LHJMQ.»

Pour ceux et celles qui se demandent si Arsenault a eu de la difficulté à atteindre le sommeil dimanche soir, la réponse est non.

«J’étais pas mal fatigué, alors j’ai bien dormi», a révélé Arsenault en riant.

Il n’empêche que le petit gardien en a mis plein la vue. Déjà qu’il est difficile de passer inaperçu quand on occupe une position où les joueurs dépassent en majorité le cap des 6 pieds, Arsenault détonne avec ses 5 pieds 7 pouces et ses 184 livres.

«J’ai entendu plusieurs fois des gens me dire que je ne pourrais pas jouer dans la LHJMQ à cause de ma grandeur. Moi, ça m’a toujours motivé. Je n’ai jamais arrêté d’y croire. Jamais je n’ai lâché. Je me disais qu’en travaillant fort j’allais finir par y arriver. Tout ce que je voulais c’était une chance. J’ai pris avantage de ça en fin de semaine», confie-t-il.

Évidemment, il n’y a rien de coulé dans le béton pour Chad Arsenault. Rappelons que le Titan est toujours dans l’attente de l’arrivée du Tchèque Jan Bednar, le premier choix de l’équipe lors du repêchage des joueurs internationaux.

Soulignons que le directeur général Sylvain Couturier a également fait signer un contrat à l’agent libre ontarien Christian Sbaraglia, actuellement en quarantaine et qui devrait se joindre officiellement au club d’ici 10 jours. Et enfin, il y a aussi le jeune Pierre-Vincent Guignard, à qui on a déjà assuré le poste de troisième gardien.

Arsenault connaît déjà fort bien la situation.

«Ils ne m’ont fait aucune promesse. Tout ce que je peux faire c’est de continuer à travailler. Je prends ça une journée à la fois. Mais c’est clair que je veux les forcer à me garder. Je veux leur prouver que je mérite ma place», ajoute-t-il.

Lundi matin, les trois autres Prince-Édouardiens de l’équipe ont accepté avec plaisir de nous parler de leur compatriote.

Tous trois ont eu la chance d’être le coéquipier du petit gardien au cours des dernières saisons, que ce soit dans les programmes provinciaux ou encore dans le bantam AAA ou le midget AAA.

Pour le défenseur Cole Larkin, ça ne fait aucun doute qu’Arsenault appartient à la LHJMQ.

«Chad a toujours été un gardien exceptionnel et il mérite d’être dans cette ligue, révèle Larkin. Malheureusement pour lui, il n’a tout simplement pas eu sa chance à Charlottetown. Je ne suis absolument pas surpris par la qualité de son jeu ce week-end. Partout où il a joué, il a été excellent. Et en fin de semaine, il a définitivement joué un rôle important dans nos deux victoires.»

L’attaquant Bennett MacArthur, l’auteur du but vainqueur dimanche à Moncton, savait lui aussi qu’Arsenault était capable de faire la différence dans un match de la LHJMQ.

«Je sais que des gens sont surpris par ce que Chad a fait en fin de semaine, mais pas moi. J’ai grandi avec lui et je l’ai vu faire ce genre de truc à plusieurs reprises. Je savais qu’il avait ça en lui. Il avait pourtant beaucoup de pression sur ses épaules en arrivant dans l’équipe. C’était quand même son premier départ dans la ligue et il a fait ça de façon incroyable. Chad a toujours su élever son jeu d’un cran quand il y avait de la pression», raconte MacArthur.

L’arrière Zach Biggar en avait lui aussi long à dire sur son ami.

«Chad a toujours été un gardien incroyable et jamais il n’hésite à relever un défi. C’est un compétiteur-né et on dirait qu’il s’épanouit davantage quand il est sous pression ou encore dans les grands moments. Je suis tellement content qu’il ait enfin la chance de faire ses preuves dans la LHJMQ. Les gens ont pu voir comme nous à quel point il est brillant. Il montre depuis longtemps que sa taille ne l’empêche pas de performer, peu importe le niveau. Il est temps que les gens s’en rendent compte», soutient Biggar.

Les Islanders avaient repêché Arsenault en 12e ronde (208e) lors de l’encan de 2018.

«Il est en train de mêler les cartes» – Mario Durocher

Il y a de ces transactions qui font passer un directeur général pour un génie. Vendredi matin, à quelques heures du match d’ouverture, Sylvain Couturier est allé chercher Chad Arsenault dans l’organisation des Islanders de Charlottetown contre un choix de neuvième ronde. Aussi bien dire une bouchée de pain.

Trois jours plus tard, le petit gardien de 18 ans trône en tête du circuit pour les gains (2), les jeux blancs (1), la moyenne de buts alloués (1,44) et le taux d’arrêts (, 957) après avoir mené le Titan d’Acadie-Bathurst à deux belles victoires.

Des chiffres extraordinaires quand on sait qu’Arsenault, un Acadien de l’Île-du-Prince-Édouard, en était à ses premiers pas dans la LHJMQ. Ce n’est pas pour rien que le nom du petit portier de 5 pieds 7 pouces est sur pratiquement toutes les lèvres de ceux et celles qui suivent de près les activités de la LHJMQ.

«Depuis ce matin, je reçois plein de fleurs à son sujet, affirme Couturier. C’est vrai qu’il me fait bien paraître, mais c’est quand même lui qui a fait le travail. Je sais maintenant pourquoi on me disait qu’il était bon. Il est la preuve qu’il y a encore de la place pour les petits gardiens.»

L’entraîneur-chef Mario Durocher s’est fait tout aussi dithyrambique.

«Il me fait penser à Étienne Montpetit (l’actuel gardien des Aigles Bleus de l’Université de Moncton). Je ne connaissais pas Chad avant la semaine dernière. J’avais cependant entendu de belles choses à son sujet. Une chose est sûre, c’est un combattant. Il a également une belle force de caractère. Et ça, c’est l’une des belles qualités chez un gardien. Vendredi, nous tirions pourtant de l’arrière 0-3 et jamais il n’a lâché», confie Durocher.

«Ce que j’aime également de lui c’est qu’il est un gros travaillant. Pendant les entraînements, il ne cesse de défier les joueurs. Il est définitivement en train de mêler les cartes», ajoute le pilote du Titan.

Couturier est lui aussi d’avis qu’il sera difficile de ne pas garder Arsenault à Bathurst malgré la situation actuelle des gardiens.

«Si Chad continue comme ça, il va nous forcer la main, concède Couturier. À l’évidence, il attendait sa chance et il était prêt pour ça.»

La saison dernière, avec les faibles Wildcats de Valley, Arsenault a remporté cinq de ses 28 décisions, tout en présentant une moyenne de buts alloués de 4,38 et un taux d’arrêts de ,886. Lors des deux saisons précédentes, Arsenault a maintenu des moyennes de 2,04 et 2,43, ainsi que des taux d’arrêts de ,934 et ,922.

En bref…

Si le gardien Jan Bednar devrait logiquement trouver preneur lors du repêchage de la LNH cette semaine, Sylvain Couturier ne serait pas surpris si jamais le défenseur Harijs Brants est également choisi. Avec humour, le d.g. insiste pour dire qu’il est toutefois hors de question de parier là-dessus. «Depuis 2016, où j’avais dit que Vladimir Kuznetsov était assuré d’être repêché, je ne fais plus de prédiction», avoue-t-il…

Après deux matchs, Vincent Labelle est le seul joueur des Wildcats qui soit parvenu à faire scintiller la lumière rouge. Notons que le franco-ontarien a inscrit deux buts dans le revers de 4 à 2 aux mains des Islanders de Charlottetown, vendredi…