Dans les petits pots, les meilleurs onguents

Obélix a déjà dit à son ami Astérix, alors qu’ils se préparaient à partir à l’aventure en Corse: «Tu sais, les Romains c’est comme les huîtres: les petits sont souvent les meilleurs!»

Quelle sagesse.

Il y a moins de deux semaines, hormis les partisans des Islanders de Charlottetown qui l’avaient vu à l’œuvre lors de leurs deux derniers camps d’entraînement, Chad Arsenault n’était qu’un illustre inconnu dans l’univers de la LHJMQ.

Et quand le directeur général Sylvain Couturier est allé le chercher en moyennant un choix de neuvième tour, le matin même du match d’ouverture le 2 octobre, la première réaction des partisans du Titan d’Acadie-Bathurst aura été de parler des 5 pieds 7 pouces de celui qui avait pour mission de faire oublier le décevant Tommy Da Silva.

Onze jours plus tard, Chad Arsenault continue d’estomaquer un peu tout le monde. Le Prince-Édouardien de 18 ans affiche trois victoires au compteur et un revers en fusillade, de même qu’une moyenne de buts alloués de 1,68 et un incroyable taux d’efficacité de ,955. Des chiffres hallucinants quand on pense au curriculum vitae du petit portier.

En fait, même si plusieurs éléments de l’équipe impressionnent jusqu’ici, Arsenault se veut la principale raison pour laquelle le Titan trône en tête de la division Maritimes.

«Il me fait passer pour un génie», s’exclama Couturier en entrevue téléphonique la semaine dernière. Si sa trouvaille continue dans la même veine, il risque de manquer de superlatifs.

En fait, Couturier risque surtout d’avoir bien de la misère à solutionner le pêle-mêle dans lequel Arsenault vient de plonger l’équipe avec ses exploits. Parce que n’oublions pas que le Tchèque Jan Bednar se veut toujours le véritable gardien numéro 1 de l’équipe, même s’il n’a toujours pas obtenu l’autorisation de venir au Canada en raison de la pandémie. Et, il y a aussi l’Ontarien Christian Sbaraglia, fort de deux années d’expérience dans l’OHL, qui vient justement de compléter sa quarantaine et qui sera disponible pour les matchs du week-end.

La situation est d’autant plus compliquée qu’Arsenault, acquis après la dernière période des transactions, possède un statut de joueur affilié. Ce qui veut dire qu’il ne peut disputer que 10 matchs d’ici Noël, date où les équipes pourraient réaliser à nouveau des échanges.

«On s’est fait critiquer pour nos gardiens avant que la saison ne débute et maintenant nous sommes pris avec trop de profondeur, révèle Couturier. Sbaraglia va probablement disputer un match en fin de semaine et nous avons hâte de voir ce qu’il va faire. Nous nous attendons à de belles choses de sa part. En même temps, ça va vraiment être difficile de retourner Chad dans le junior A.»

«On parle ici d’un gardien qui a su saisir son occasion. C’est une belle histoire. Les gens ne parlaient au départ que de son handicap, soit sa grandeur. Mais quand tu te bats devant ton filet comme il le fait pour arrêter les rondelles et malgré une technique un brin bizarre, la grandeur n’a plus vraiment d’importance. Chad mise sur sa vitesse et son agressivité pour faire les arrêts. Je trouve ça plaisant de voir un gardien comme lui, alors que la majorité des gardiens aujourd’hui ne misent que sur la technique et ont l’air des robots. Chad, s’il le fallait, je crois qu’il arrêterait même les rondelles avec ses dents», souligne Couturier avec humour.

«Il doit cependant continuer de se battre parce que quatre matchs ne font quand même pas une carrière», a toutefois rappelé le d.g.

Du succès en équipe

Quand on demande à Couturier s’il est surpris par le début du Titan, il détourne un brin la question en donnant beaucoup de crédit à ses joueurs.

«C’est vrai que Chad a fait le travail devant le filet, mais il faut aussi donner beaucoup de crédit aux autres joueurs. C’est en équipe que nous sommes allés chercher trois points sur quatre contre les Sea Dogs qui sont pourtant considérés comme la puissance de notre division. C’est aussi en équipe que nous avons obtenu trois points sur quatre sur la route, même si Chad a été exceptionnel dans la défaite en fusillade à Saint-Jean en faisant face à 50 lancers», indique Couturier.

Il cite par exemple le brio de sa première paire en défensive composée d’Adam McCormick et Cole Larkin qui jouent de 25 à 30 minutes par match. Le jeune Zach Biggar, que Mario Durocher utilise plus de 20 minutes par partie, répond également aux attentes. Idem pour les trois autres recrues, soit Sam McKinney, Marc-André Gaudet et Lane Hinkley.

À l’attaque, Bennett MacArthur épate avec cinq buts en quatre duels. On parle ici d’un bonhomme qui n’a jamais été repêché et qui n’avait que 33 matchs d’expérience dans la LHJMQ avant d’entamer la présente campagne.

«Nous savions que Bennett était capable de marquer des buts, mais il fait également le travail dans toutes les phases du jeu. C’est un gros ailier qui patine bien, qui possède un bon tir et qui est fiable en zone défensive. C’est encore tôt, mais il est en train de se positionner pour obtenir un poste comme joueur de 20 ans la saison prochaine», mentionne Couturier.

«Nos trois 20 ans (Mathieu Desgagnés, Félix-Antoine Marcotty et Adam McCormick) font aussi de l’excellent travail auprès des jeunes. Ils ont été solides jusqu’ici. Vraiment, nous aimons beaucoup le noyau de notre équipe en ce moment», ajoute Sylvain Couturier.

Le Titan disputera ses deux matchs de la fin de semaine au Centre régional K.-C.-Irving, alors qu’il accueillera à deux reprises les Eagles du Cap-Breton et l’ancien capitaine Shawn Élément, vendredi et samedi.