Mathieu Fortin a sous-estimé Dame Nature

Quand vous vous lancez dans une aventure hors de l’ordinaire, ne faites jamais l’erreur de sous-estimer Dame Nature parce que vous pourriez rapidement le regretter. On a malheureusement trop souvent tendance à oublier que la madame est parfois d’humeur sournoise. C’est d’ailleurs la leçon dont a eu droit Mathieu Fortin, lui qui s’était mis au défi de compléter 167 km de sentier en cette fin de semaine de l’Action de grâce.

Si la première moitié s’est fort bien déroulée, ç’a été tout le contraire une fois le soleil tombé.

Parti sur le coup de midi à la pointe Daly, Mathieu Fortin a réalisé une fois la lumière du jour disparue qu’il avait oublié trois impondérables.

Premièrement la pluie, qui s’est mise à tomber pour transformer le sentier de terre en boue. Deuxièmement la noirceur, alors qu’en forêt le soleil se couche encore plus tôt et se lève plus tard, surtout quand le ciel est nuageux. Et enfin, troisièmement, les dégâts que les forts vents de la semaine dernière ont causés ici et là tout au long du sentier.

Résultat? L’entraîneur en conditionnement physique de Caraquet a mis un terme à son escapade après 32 heures et 20 minutes au bout de 150 km. En fait, il s’est arrêté une fois arrivé au bout du sentier Népisiguit Mi’gmaq, où il a décidé de ne pas compléter les 17 km supplémentaires qui consistaient à gravir les trois monts du parc provincial du Mont-Carleton (Carleton, Head et Sagamook).

«J’ai sous-estimé le défi, affirme Mathieu Fortin. J’avais fait les 150 kilomètres du sentier Népisiguit Mi’gmaq il y a deux ans et j’ai réalisé que le sentier est pas mal plus difficile que dans mon souvenir. En fait, tout allait bien jusqu’à la moitié de l’épreuve. Même que j’ai franchi les 50 premiers kilomètres en 6h20min. Et j’ai fait les 80 premiers kilomètres dans les temps. C’est après que ç’a commencé à mal aller. Il s’est mis à mouiller et j’étais dans la noirceur.»

«J’ai vécu la plus longue nuit de ma vie, mentionne-t-il. Il faisait très froid et j’étais mouillé. À certains endroits, le sentier était carrément dangereux. La terre s’était transformée en boue. Je suis d’ailleurs tombée à quelques reprises sur les fesses. Je me suis aussi souvent cogné les orteils. Heureusement, j’ai été chanceux de ne pas me faire mal. J’ai vraiment sous-estimé les impondérables provoqués par Dame Nature.»

«En plus de la pluie et de la noirceur qui dure plus longtemps en forêt, surtout quand c’est nuageux, les grands vents de la semaine passée ont fait tomber des arbres dans une grande section du sentier. Quand j’étais chanceux, je pouvais soit enjamber l’arbre tombé, ou encore passer dessous. Mais la plupart du temps il a fallu que je me fasse un sentier pour pouvoir passer. Et comme il faisait noir, je me suis parfois égaré parce que le sentier n’était pas visible», raconte Mathieu Fortin.

Le coureur a tenu à remercier les membres de son équipe, son père Denis et ses frères Stéphane et Reno, qui l’ont accompagné au loin à bord d’un véhicule. Sans eux, il est presque certain qu’il n’aurait probablement pas pu compléter les 150 premiers km.

«J’ai fait plusieurs courses du genre dans le passé, mais c’était la première fois que j’avais des hallucinations. Je crois que le froid et la pluie m’ont épuisé beaucoup plus que d’habitude. Si je m’arrêtais plus de deux minutes, je me mettais alors à trembler et je risquais l’hypothermie. À deux reprises, j’ai même cru voir mon frère Stéphane que je saluais chaque fois en criant, mais il ne répondait pas. J’avançais encore un peu et je me rendais compte que c’était la souche d’un arbre cassé. J’ai également cru voir à plusieurs reprises des ours, mais c’était le dessous des arbres déracinés par les vents des jours d’avant», poursuit-il.

Au 122e kilomètre, Mathieu Fortin est tellement ébranlé que son frère Stéphane décide de l’accompagner pour les derniers 28 km du sentier Népisiguit Mi’gmaq.

«Je suis vraiment chanceux d’avoir eu ma famille avec moi. Mon frère aîné Stéphane a fait les 28 derniers km avec moi. Rendu là, je ne courais plus. Je ne faisais que de la marche rapide», ajoute celui qui compte bien retenter l’expérience un jour.

Mathieu Fortin voulait vivre une aventure. Là-dessus, il peut dire mission accomplie.