Le nouvel adversaire de Patty Blanchard: un cancer du sang

Éloignée de la compétition depuis mai en raison de ce qu’elle croyait des problèmes musculaires à la jambe droite, Patty Blanchard vient d’apprendre que sa condition est bien plus sérieuse. La légende acadienne de la course à pied a reçu un diagnostic d’un myélome multiple de stade 2.

Malgré le sérieux de la situation, le ton de Patty au bout du fil ne trahit aucune tristesse.

Ce cancer, parce que c’est de cela dont il s’agit, elle en parle comme si c’était simplement une nouvelle blessure devant la tenir à l’écart de la compétition pour un certain temps.

«J’ai appris que j’avais un cancer du sang le 9 décembre et une biopsie a ensuite été pratiquée le 5 janvier à l’Hôpital Georges-Dumont pour savoir dans quelle catégorie je me trouvais. Alors que l’être humain a normalement 1 à 2% de cellules plasma en lui, moi je me trouve à près de 60%. Je suis donc très proche du stade 3 qui est le plus grave», lance-t-elle d’entrée de jeu.

Elle précise qu’elle doit subir d’autres tests à la fin du mois, de même qu’en février. Elle sait déjà qu’elle devra entamer dans les prochaines semaines des traitements de chimiothérapie et une transplantation de moelle osseuse est également prévue.

«J’ai beaucoup pleuré après l’annonce du 9 décembre, dit-elle. Mais après quelques jours de tranquillité à la maison avec Marc (Beaudoin, son conjoint et entraîneur), où j’ai laissé sortir mes émotions, j’ai réagi.»

«Ça n’a jamais été dans ma nature de rester triste et déprimée. J’ai donc décidé que j’allais passer au travers et que j’allais vivre une bonne vie. Ç’a toujours été mon plan de vivre très longtemps en compagnie de Marc et j’ai la ferme intention de les vivre ces années», raconte la détentrice de plus de 50 records provinciaux en course sur route et en athlétisme.

Une longue série de difficultés

Les problèmes de santé de Patty Blanchard ont débuté le 9 ou le 10 mai. Elle avoue ne pas être certaine de la date exacte. Elle sait toutefois que c’est pendant l’une de ces deux journées qu’elle a pu courir une dernière fois sans douleur.

Depuis, la maladie la prive cruellement de sa grande passion.

«Je suis passée au travers de multiples difficultés dans les derniers mois. Rapidement, je n’ai plus été en mesure de pratiquer mon sport. Au départ, je croyais que le problème n’était que musculaire, ou encore que c’était une tendinite. J’ai vécu 1000 fois ce genre de problème au fil des années et je me suis dit que comme les autres fois un peu de repos allait tout arranger.»

Celle qui a été immortalisée au Temple de la renommée du Nouveau-Brunswick en 2017 était bien loin de s’imaginer la suite.

Après une petite pause, elle tente un retour à l’entraînement, mais la douleur la force à s’arrêter aussitôt.

«J’ai tout essayé. Je me suis fait masser, j’ai essayé la physiothérapie, etc. Ça n’a rien changé. Je ne voyais aucune progression. En fait, ma situation ne cessait d’empirer et c’était rendu que j’avais de la misère à marcher. J’ai même pensé que mon problème était neurologique», mentionne-t-elle.

À la fin juillet, le découragement s’empare d’elle au même rythme que la condition de son pied droit régresse. En novembre, n’en pouvant plus et se déplaçant désormais avec l’aide de béquilles, Patty se rend à l’urgence.

«Mon petit orteil était rendu violet parce qu’il n’y avait plus d’oxygène qui s’y rendait. Les cellules étaient en train de mourir.»

«J’ai alors appris que j’avais fait une grave erreur dans les semaines précédentes en trempant mon pied dans de l’eau glacée pour tenter de calmer la douleur. C’est quelque chose que j’ai toujours fait depuis que je fais de la course. Malheureusement, dans ce cas-ci, c’était la pire chose à faire. Je n’ai vraiment pas aidé ma situation», indique-t-elle.

Après un examen sommaire, le médecin lui prescrit un médicament dont la dose sera doublée après un certain temps parce qu’il n’a aucun effet. C’est sans oublier qu’elle prend aussi quotidiennement quatre Tylenols Extra fort. Rien n’y fait, la douleur reste et persiste.

«Je n’avais jamais expérimenté une telle douleur. Je prenais quatre Tylenols, mais j’en aurais pris deux autres si ce n’était de la peur que ce soit dangereux pour ma santé.»

À sa grande surprise, ce sera une simple aspirine qui viendra chasser le mal et améliorer sa condition.

«À ce moment-là, il y avait même des plaques rougeâtres qui allaient jusqu’au mollet. Ça me faisait tellement mal. Le médecin m’a alors conseillé de prendre une aspirine pour bébé que Marc s’est empressé d’aller chercher à la pharmacie. Le mal est parti presque tout de suite et la couleur de ma jambe s’est rapidement améliorée. À ce niveau, tout va beaucoup mieux aujourd’hui», affirme-t-elle.

Vivre l’instant présent

Si l’aspirine n’a rien pu changer sur le diagnostic du 5 janvier, son moral, lui, continue d’être fort. Patty reste Patty. Elle croque dans la vie comme elle l’a toujours fait.

«Ma jambe a pris beaucoup de mieux et j’ai même commencé à pratiquer un nouveau sport. Je fais du patin sur skis. Je trouve ça super amusant», mentionne la Dieppoise qui a déjà détenu quatre records mondiaux.

«J’ai encore d’autres rêves que je compte réaliser. Je veux par exemple prendre part encore une fois aux Championnats du monde. Je vais tout faire pour y arriver.»

«Depuis longtemps, on me raconte que j’ai inspiré plein de gens en courant. J’aimerais maintenant inspirer les gens qui vivent dans la maladie. Et pour y arriver je dois demeurer positive.»

«Les dernières semaines m’ont appris que la vie n’est pas là pour toujours. Tu ne sais jamais combien de temps il te reste. Nous avons un gymnase dans notre garage et sur un tableau j’ai écrit il y a quelques années une pensée philosophique: ‘’Zen says: No future, no past. All is now.’’ En gros, ça veut dire que tout ce que nous avons dans la vie se résume à aujourd’hui. Ça ne donne rien de penser au passé ou d’avoir peur du futur. Le plus important est de vivre le moment présent», ajoute l’immortelle de la course à pied.