Une étoile montante en motocross

Dans n’importe quel sport, qu’il soit masculin ou féminin, le talent ne suffit pas toujours pour percer. Ça demande aussi une discipline de fer, une soif d’apprendre inépuisable et beaucoup de courage. Et si ça adonne que l’athlète affiche une passion sans limites pour son sport, ses chances de réussite sont immenses.

À Shediac, il y a un adolescent de 16 ans qui possède toutes ces qualités et qui a pour nom Colby Beaulieu. Son plan est de devenir l’un des meilleurs pilotes de motocross au monde.

L’histoire de Colby est loin d’être banale.

Imaginez, il n’est âgé que de 3 ans lorsqu’il pilote sa première motocross, une Honda 50cc. Il fait déjà de la compétition à 4 ans et son potentiel est vite remarqué.

Puis, à 6 ans, alors qu’il chevauche une KTM 50cc, Colby remporte sa première grande victoire en terminant devant ses plus proches poursuivants avec une vingtaine de secondes d’avance.

C’est son papa Yves, lui-même adepte de motocross et de motoneige à l’adolescence dans son Rivière-du-Loup natal, qui léguera à Colby sa passion. En fait, les quatre enfants de cette famille reconstituée ont hérité de son goût de la vitesse. Marie-Ève et Bradley ont d’ailleurs déjà fait de la compétition en motocross, alors que l’aîné, Nicholas, était davantage attiré par la motoneige. Ils suivent désormais de près le développement du cadet.

L’un des cousins de ses enfants, Trevor, qui a vécu avec eux un certain temps et qui se débrouillait lui aussi fort bien sur une moto, a un jour eu cette réflexion quand quelqu’un lui a demandé pourquoi il ne pratiquait pas un autre sport: «Si ça brûle pas de gaz, c’est pas un sport!». Ça résume assez bien la passion qui anime la famille.

«À l’âge de 4 ans, j’ai rapidement senti que Colby avait le potentiel pour aller loin, affirme Yves. Nous habitions à Amherst dans le temps et je lui avais construit une piste à l’arrière de la maison. Nous avons ensuite déménagé au Nouveau-Brunswick, il y a huit ans, et la passion de Colby n’a jamais diminué.»

Yves en a pour preuve le tas de trophées et de plaques qui se trouvent dans la maison familiale. Colby a même remporté des championnats de l’Atlantique dans la plupart des groupes d’âge.

C’est l’occasion pour Colby d’entrer dans la conversation. Plutôt timide lors des présentations d’usage, Colby se dégêne aussitôt que je lui demande s’il est tombé en amour avec son sport dès le départ.

«Pas tout de suite, dit-il. Je me souviens que les premières fois je me fâchais souvent parce que je n’arrêtais pas de tomber. Mais une fois que j’ai apprivoisé le bolide, c’est là que je suis devenu passionné. J’aime beaucoup le sentiment de liberté que ça me procure quand je suis dans les airs avec ma moto. C’est une montée d’adrénaline que je cherche continuellement à retrouver.»

«Mon rêve est de devenir professionnel en 2022, puis de faire partie de l’élite mondiale vers 22 ou 23 ans. Je vise d’avoir à la fois une belle carrière et la reconnaissance», mentionne-t-il.

Pour justement aider Colby à réaliser son rêve, Yves Beaulieu et sa conjointe Josée Daigneault ont décidé de s’expatrier avec lui à Culloden, en Géorgie.

Son fils travaille depuis quatre semaines avec l’entraîneur Matt Walker, qui se veut une sommité sur la scène mondiale. Walker offre aux meilleurs espoirs de motocross des formations de différents niveaux et durée à son école MotoX Compound Training Facility. Colby est inscrit pour trois mois. Plusieurs vedettes actuelles au niveau professionnel sont d’ailleurs passées à la réputée école.

Malheureusement pour Colby, il a été forcé de mettre ses études sur pause puisqu’on lui a refusé de le faire à distance.

L’élève de 11e année fréquentait jusqu’en décembre l’école Louis-J.-Robichaud de Shediac.

«C’était important pour mon jeune de venir ici, alors ça l’était aussi important pour moi, confie Yves. C’est dommage que l’école et le district scolaire ont décidé de ne pas nous soutenir. Ils n’ont pas voulu que mon fils étudie à distance comme d’autres jeunes le font dans d’autres sports. J’avais pourtant trouvé des tuteurs pour qu’il puisse suivre ses cours en ligne via FaceTime, ou encore au téléphone.»

«Tout ce que je demandais à l’école et au district c’était de nous fournir le travail à faire pour Colby et nous nous serions arrangés avec le reste. Ils nous ont dit non. Nous savons que Colby a de la misère à l’école et qu’il n’aime pas ça. Mais ça n’empêche pas que son comportement a toujours été bon et qu’il s’entend bien avec les professeurs. C’est frustrant comme situation, mais c’est ça», explique Yves.

«Mon fils veut devenir pilote de motocross et je me dois comme parent de l’appuyer là-dedans. Je ne l’empêcherai pas de vivre sa passion, comme un autre parent n’empêchera pas son jeune d’aller étudier à l’université comme ingénieur», ajoute-t-il.

Une chose est sûre, Colby n’a pas le temps de s’ennuyer à Culloden. Il consacre de 6 à 8 heures par jour à son sport, incluant deux entraînements au gymnase afin d’améliorer son cardio et sa force physique. À 5 pieds 10 pouces et 120 livres, l’adolescent a tout à gagner en ajoutant du muscle à sa charpente. D’autant plus que la discipline du motocross est l’une des plus exigeantes sur le corps humain.

«J’adore ça jusqu’ici. C’est pas mal ce à quoi je m’attendais. J’ai déjà appris quelques trucs sur le plan technique. Par exemple, Matt Walker m’a montré comment aborder les virages de la bonne façon. C’est un élément dont j’étais déjà conscient qu’il me fallait d’améliorer avant de venir ici. Ça me permet de prendre les virages avec encore plus de vitesse. J’ai aussi travaillé sur mes départs. Il trouvait que j’étais trop assis à l’avant du bicycle. Il m’a enseigné que c’était mieux de s’asseoir au milieu. Nous travaillons beaucoup sur les détails», révèle Colby Beaulieu.

Discipline dispendieuse

La motocross est l’un des sports les plus onéreux, ça ne fait aucun doute. Rien qu’une moto de compétition avoisine aisément les 14 000$. Grâce à son commanditaire Yard Gear et Coda Consultants Ltd., Colby Beaulieu en possède trois, soit deux Husqvarna 250cc et une Husqvarna 450cc.

Colby, qui porte d’ailleurs les couleurs de Yard Gear en compétition, est évidemment l’espoir numéro un de leur écurie qui comprend plusieurs autres athlètes de 12 à 20 ans.

«Évidemment, Yard Gear nous aide aussi sur le plan financier pendant notre séjour à l’école de Matt Walker. En fait, sans ce commanditaire, nous ne serions pas ici. Ça démontre à quel point ils croient au potentiel de mon fils. Nous avons vraiment une belle relation avec eux», soutient Yves Beaulieu.

«C’est pas mal moi qui étais l’entraîneur de Colby depuis ses débuts, mais il est maintenant rendu à l’étape où il doit aller chercher des meilleures connaissances ailleurs. Colby a besoin de plus que ce que je suis en mesure de lui offrir. C’est pourquoi c’était important qu’il puisse venir ici afin d’apprendre auprès de Matt Walker. Et c’est grâce à Yard Gear si c’est possible», complète le fier paternel.

Outre les enseignements de Matt Walker, Colby Beaulieu aura aussi la chance de prendre part à quelques compétitions dans l’État de la Floride et de la Géorgie au fil des prochaines semaines.