Alpines: Pierre Dagenais le marqueur né

Malgré tout le mal qu’on a pu dire à l’époque sur la qualité de son jeu défensif, Pierre Dagenais n’en est pas moins l’un des trois derniers joueurs à avoir maintenu en carrière une moyenne d’au moins 50 buts par saison dans la LHJMQ. Les deux autres sont Simon Gamache et un certain Sidney Crosby.

Le samedi 3 juin 1995, Pierre Dagenais, qui venait d’inscrire 28 buts en seulement 34 parties avec les Régents de Laval-Laurentides-Lanaudière dans le midget AAA, a résumé sa sélection en rappelant qu’il avait été retranché par quatre équipes dans le midget AAA, soit les Régents, les Forestiers d’Abitibi-Témiscamingue, les Estacades du Cap-de-la-Madeleine et le Collège Français de Montréal-Bourassa.

Après quelques parties au niveau AA avec les Seigneurs de Mille-Îles, les Régents ont finalement décidé de le faire graduer.

«Je pars de loin», s’était-il exclamé à un journaliste du quotidien La Tribune le jour du repêchage. C’est sûr que Moncton, c’est loin. Mais mes parents vont venir me voir souvent au début. Je suis très proche de mes parents. Je peux vous dire que je suis très content et bien fier.»

Près de 26 ans plus tard, quand on le questionne au sujet de ses premiers pas à Moncton, Dagenais estime qu’il n’aurait pas pu tomber dans un meilleur endroit, même si son aventure avec l’équipe, devenue les Wildcats au terme de la première campagne, a été plus difficile (et plutôt courte).

Dagenais insiste pour dire qu’il a conservé de forts beaux souvenirs de sa première saison à Moncton. En fait, s’il y a un joueur qui a été heureux et fier de porter le chandail des Alpines, c’est bien lui.

«Même si l’équipe a eu des problèmes financiers, j’ai adoré chaque instant de ma première saison. J’ai encore mon chandail des Alpines accroché sur le mur», assure-t-il, avant de l’enfiler le temps d’une photo pour cette entrevue.

«Je me suis senti très privilégié quand cette équipe d’expansion m’a choisi au tout premier rang. Lucien DeBlois m’a utilisé tout de suite dans un trio important en compagnie de Sébastien Roger», raconte l’ancien numéro 95 des Alpines.

«Je ne savais même pas un seul mot d’anglais quand je suis arrivé à Moncton. Je me souviens que ça avait été un gros choc de voir qu’il y avait beaucoup de francophones dans cette ville. Les Acadiens ont été extraordinaires avec moi. Ils ont un sens de l’hospitalité incroyable à comparer avec le Québec. Les Acadiens sont tellement gentils, courtois et accueillants», confie-t-il.

«Je vais te dire, je rêve que mon fils de 12 ans soit repêché par une organisation des Maritimes quand il aura l’âge. Moncton figure parmi les meilleurs endroits où j’ai joué», indique Dagenais, qui a aussi une fille âgée de 15 ans.

«Le coeur à la bonne place»

Évidemment, Dagenais a été témoin comme tous les autres des ennuis financiers des Alpines.

«C’était mené comme une équipe de ligue de garage, dit-il. Heureusement qu’il y avait Lucien Deblois. Je dois lui lever mon chapeau. Il a vraiment le cœur à la bonne place. À un moment donné, nous n’avions plus de bâtons, plus de tape (ruban gommé) et même pas d’argent pour payer la bouffe sur la route. Lucien a rempli sa carte de crédit pour nous.»

«Comme nous, Lucien souffrait pourtant de la situation. Je me rends encore plus compte aujourd’hui à quel point il a été incroyable. Il savait que c’est difficile de bâtir une fondation quand tu n’as pas les outils nécessaires pour performer. Imaginez aujourd’hui un athlète qui veut jouer dans la LNH et qui doit vivre ce que nous avons vécu. C’était humiliant et c’était difficile de garder notre concentration. C’est grâce à Lucien si l’atmosphère est malgré tout restée bonne. Il a su nous garder unis», révèle l’auteur de 150 buts en trois saisons réparties avec les Alpines, les Wildcats, le Titan du Collège Français de Laval et les Huskies de Rouyn-Noranda.

Dagenais ajoute que c’est justement grâce à DeBlois qu’il a pris conscience de l’importance de recréer une famille au sein d’une équipe de hockey.

«La situation que nous vivions aurait facilement mené à la déchéance. Mais grâce à Lucien et à nos vétérans, nous avons réussi à fonder une famille à l’interne. Nous sommes toujours restés unis. Et avec le recul, je me rends compte que c’est la seule façon de sortir d’une telle aventure de façon positive. Depuis cette saison-là, je sais qu’une Coupe Stanley, ça se gagne en famille, mais ça se perd individuellement», philosophe-t-il.

En bref…

Après une première saison de 43 buts et 68 points à 17 ans sous la direction de Lucien DeBlois, Pierre Dagenais n’a jamais été en mesure de s’entendre avec celui qui a succédé à la barre du club, Bill Riley. Les relations entre les deux hommes étaient telles que Riley l’a même chassé de son club au terme de six rencontres. Il l’avait aussitôt mis sur le marché et plusieurs équipes ont aussitôt manifesté leur intérêt, à commencer par les Faucons de Sherbrooke, les Prédateurs de Granby, les Cataractes de Shawinigan et les Voltigeurs de Drummondville. Dagenais prend finalement le chemin de Laval dans une transaction impliquant trois équipes. Les Wildcats ont dans un premier temps envoyé Dagenais et Jeff Bennett à Laval pour mettre la main sur Mathieu Létourneau, Ben Berthiaume, David Thibeault et un choix de deuxième ronde (qui deviendra Gilbert Lefrançois). Thibeault n’aura toutefois fait que passer à Moncton puisqu’il a aussitôt été refilé aux Tigres de Victoriaville en retour de Rémi Boudreau et Jim Shepherd. Puis, en décembre, le Titan a complété le troc en envoyant Jean-François Lortie à Moncton pour un choix de deuxième ronde (pas le même envoyé précédemment, il faut le préciser). Bref, le départ de Dagenais aura finalement permis l’acquisition de six joueurs. Ce n’est pas rien. «Ç’a été une grosse déception d’avoir été échangé. Je vivais au sein d’une belle famille en compagnie de Sébastien Roger et j’étais heureux. Je vais avoir 43 ans dans quelques jours (4 mars) et je ne suis plus le jeune qui a fait certaines erreurs», mentionne Dagenais au sujet de cette période moins reluisante. Dagenais sera par ailleurs échangé une autre fois pendant la même saison quand le Titan l’a envoyé à Rouyn-Noranda pour le défenseur Jean-Philippe Soucy et deux choix au repêchage, dont celui de deuxième tour qui deviendra Éric Bétournay…

Pierre Dagenais dit avoir arrêté l’école très rapidement lors de son passage à Moncton. Une décision qu’il regrette aujourd’hui. «Les joueurs n’étaient pas encadrés comme ils le sont aujourd’hui, dit-il. Moi, j’ai simplement décidé d’arrêter parce que je ne parvenais pas à gérer à la fois le hockey et les études. Mon rêve ultime était de jouer dans la Ligue nationale. J’ai finalement décidé de me concentrer sur le hockey et Lucien DeBlois m’a permis d’aller m’entraîner sur la glace chaque matin, en plus de nos entraînements réguliers. J’ai donc pu, chaque semaine, pratiquer 15 heures de plus que les autres qui étudiaient. Ça ne se ferait plus aujourd’hui, mais dans le temps c’était une option. Il n’y avait pas vraiment de structure. Il n’y avait pas vraiment de gymnase, pas de nutritionniste ou de psychologue sportif. Dans le temps, tu étais un peu laissé à toi-même»…

Dagenais se souvient que parmi les joueurs les plus robustes des Alpines, il y avait les recrues Jeff LeBlanc, Stephen Quirk et Jarrod Thomas. «C’était de vrais guerriers ces jeunes gars des Maritimes. Je les respectais beaucoup», soutient-il…

Pierre Dagenais a disputé 142 rencontres dans la LNH avec les Devils du New Jersey, les Panthers de la Floride et les Canadiens de Montréal. Il a eu le temps d’inscrire 35 buts et 23 passes pour 58 points. À noter qu’il a été repêché deux fois par les Devils. La première fois en juin 1996, alors que les Devils l’ont choisi en deuxième ronde et au 47e rang. Incapables d’en venir à une entente avec lui, les Devils ont récidivé en 1998 en le repêchant au quatrième tour (105e au total)…

Dagenais a complété sa carrière professionnelle en 2011-2012 dans la Ligue fédérale (FPHL) avec les Warriors d’Akwesasne. En 45 parties, il a compilé l’impressionnant total de 81 buts et 62 passes pour 143 points. Il a bien entendu été le meilleur pointeur du circuit, 39 points de plus que son plus proche poursuivant, soit son compagnon de trio Sylvain Deschâtelets…

NDLR: La série de textes sur les Alpines de Moncton se poursuit mercredi avec un entretien en compagnie de l’ex-directeur général et entraîneur-chef de l’équipe, Lucien DeBlois.