Roland Collette, le visage acadien derrière le banc des Alpines

S’il y en a un qui est bien placé pour témoigner de tout ce dont Lucien DeBlois a pu faire pour que les joueurs des Alpines de Moncton passent au travers de la pagaille financière dans laquelle était embourbée l’équipe avec un minimum de dégâts, c’est bien Roland Collette.

En 1995, l’Acadien de Bouctouche n’était qu’un jeune homme de 29 ans quand le destin lui a permis de se retrouver derrière le banc d’une équipe de la LHJMQ. Il a d’ailleurs été le premier Néo-Brunswickois à atteindre ce niveau dans l’histoire de la ligue. Ce n’est pas rien.

«J’en garde des souvenirs encore frais, comme si ça datait d’hier», affirme Collette.

«Ç’a été une saison bouleversante. Il s’est tellement passé de choses. Il ne faut pas oublier que c’était la première fois qu’il y avait du junior majeur dans la province. À Moncton, les gens étaient surtout habitués à la Ligue américaine.»

«D’ailleurs, si les Alpines ont eu de la misère à attirer du monde au Colisée, c’est justement parce qu’un bon nombre de gens était resté attaché à la Ligue américaine. Il y a même eu une petite guéguerre entre ceux qui voulaient le retour de la LAH et ceux qui penchaient pour la LHJMQ. Plusieurs étaient contre l’idée de la venue de la LHJMQ et il y avait peut-être là-dedans un peu de bigoterie. Il y avait une résistance de la part d’une partie de la communauté», raconte Collette pour expliquer les faibles foules.

Évidemment, comme l’équipe ne faisait pas un rond, ç’a fini par déteindre sur l’équipe.

«À un moment donné, Lucien sortait régulièrement sa carte de crédit pour s’assurer que les joueurs ne manquaient de rien. J’ai moi aussi dû me servir un peu de la mienne, même si ce n’était pas autant que Lucien. Heureusement, la ligue a fini par nous rembourser», dit-il.

Après un court silence, il ajoute en riant «La seule chose positive que je retiens de cette période, c’est que ça m’a donné beaucoup de points Air Miles».

«Il n’empêche que c’était humiliant pour les joueurs. Ils devaient aller quêter des bâtons et du tape auprès des équipes adverses. Je les comprends d’être venus écœurer de ça. Je me souviens que je devais appeler la ligue chaque fois que nous devions faire une dépense. La ligue me disait alors dans quel restaurant nous devions aller, quelle place où aller dormir et ainsi de suite. Et parfois, Lucien sortait encore sa carte de crédit», se remémore Collette.

Les conseils de Lucien

Bien sûr, au-delà des situations humiliantes causées par les problèmes financiers de l’équipe, Roland Collette a eu le temps d’emmagasiner une tonne de souvenirs plus sympathiques.

Il y a par exemple la fois où Lucien Deblois a décidé de donner une leçon de civisme à ses joueurs.

«Lucien était bon pour préparer les jeunes à devenir des professionnels. C’était l’une de ses forces. Il tenait à ce que les gars sachent comment se comporter en tout temps et pas seulement sur la glace. À un moment donné, il a voulu que les joueurs arrêtent de faire le show-off après un but. Après un match, il y était allé d’un bon discours devant les gars pour leur expliquer qu’un vrai professionnel savait être un bon gagnant et un bon perdant.»

«Le match suivant, Pierre Dagenais, qui n’avait que 17 ans et qui possédait déjà un lancer digne d’un professionnel, s’empare de la rondelle au centre de la patinoire. Je ne me souviens plus contre quel club, mais Pierre se trouvait entre la ligne rouge et la ligne bleue et il a décoché un puissant tir qui a surpris le gardien et un peu tout le monde dans l’aréna. C’était un maudit bon lancer», confie Collette.

«Pierre a alors lancé ses gants dans les airs et il s’est mis à se déplacer en tenant son bâton comme s’il était aveugle, tout en pointant de l’autre main le gardien qu’il venait de battre. Lucien était en furie derrière le banc. Quand la période a pris fin, Pierre s’est fait passer tout un savon dans le vestiaire. Pas mal tout le monde se retenait pour ne pas rire. Après le match, une fois tous les joueurs partis, Lucien a fini par admettre que ce que Pierre avait fait sur la glace était pas mal drôle», poursuit Colette dans un grand éclat de rire.

La visite au Centre Molson

Le plus grand moment de bonheur de Roland Collette au cours de cette saison 1995-1996 demeure cependant cette visite à Montréal pour l’ouverture officielle du Centre Molson, devenu depuis le Centre Bell.

«Comme il était un ancien des Canadiens, Lucien avait droit à des billets et il a décidé de m’emmener avec son fils Dominic (aujourd’hui agent de joueur). C’est un événement de rêve que je dois à Lucien. J’avais 29 ans à l’époque et Dominic en avait 10 ou 11. Pourtant, il n’y avait aucune différence entre nous deux. Nous avions les yeux ronds et chacun un carnet d’autographes dans les mains», rapporte Collette en riant.

«Lucien nous a tout fait visiter, y compris le salon des anciens. J’ai ainsi pu voir les plus grands noms du CH. Ils étaient tous là, Maurice Richard, son frère Henri, Jean Béliveau, Steve Shutt, Serge Savard, Larry Robinson, Ken Dryden, Yvan Cournoyer, Guy Lapointe, Mario Tremblay, etc. Quelles étaient les chances de voir tout ce monde-là d’un seul coup?», indique-t-il.

«Par contre, mon idole Guy Lafleur n’était pas là avec eux et j’étais un brin déçu. Lucien voyait bien que je cherchais Lafleur et il m’a dit de le suivre et qu’il allait le trouver. Nous l’avons finalement retrouvé au salon des gouverneurs et j’ai pu lui parler. C’était incroyable. Je dois beaucoup à Lucien. C’est lui qui m’a pris sous son aile quand je suis arrivé avec les Alpines. Il m’a grandement aidé. Quand il m’a emmené visiter le Centre Molson, il traversait des moments difficiles. En fait, ça n’a pas été une année facile pour lui, mais il trouvait quand même du temps pour les autres», ajoute Roland Collette.

En bref…

La plus vieille anecdote dont se souvient Roland Collette implique l’ancien entraîneur-chef du Titan d’Acadie-Bathurst Danny Dupont, fils du célèbre Moose Dupont des Flyers de Philadelphie à l’époque des Broad Street Bullies. L’histoire a lieu à Amqui dans le cadre d’un match préparatoire face à l’Océanic de Rimouski. «Danny était un gars pas mal spécial. Aussi dur qu’il pouvait être sur la glace, c’est incroyable à quel point Danny avait le cœur tendre. Il savait aussi faire rire ses coéquipiers. Nous étions à Amqui, où il n’y avait même pas de baie vitrée et à un arrêt de jeu, Danny saute sur la glace et se présente un peu en retard pour la mise en jeu. Je me rappelle que les partisans de l’Océanic ne l’aimaient pas et ils le huaient chaque fois qu’il était sur la patinoire. Danny, lui, avait le gros sourire dans la face. Juste avant que l’arbitre ne laisse tomber la rondelle, Danny a perdu l’équilibre et il est tombé lourdement sur le dos. Les partisans se sont tous levés pour crier et rire de lui. Danny, lui, s’est relevé comme si de rien n’était, toujours avec le sourire. Comme un lutteur de la WWE, il a fait comme si tout cela était arrangé d’avance. C’était tellement drôle», raconte Collette…

Parce qu’il a été appelé à remplacer à quelques reprises Lucien DeBlois, Bill Riley et Réal Paiement à la barre de l’équipe de 1995 à 1998, Roland Collette a dirigé pas moins de 31 parties dans la LHJMQ. Sa fiche en carrière n’est cependant que de quatre victoires, 26 défaites et un verdict nul…

Si Martin Latulippe, Martin Pouliot, David-Alexandre Beauregard, Luc Bélanger et Martin Villeneuve étaient les leaders des Alpines, Roland Collette ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour les Mario Cormier, Jeff LeBlanc, Jarrod Thomas et Stephen Quirk. «Ils étaient parmi les plus jeunes joueurs de l’équipe, mais c’était eux qui apportaient l’élément de robustesse. Ces gars-là allaient à la guerre chaque soir», rapporte Collette…

NDLR: La série de textes sur les Alpines de Moncton se poursuit samedi en compagnie du gardien Martin Villeneuve.