Alpines: des gardiens qui sentaient le caoutchouc

Aucun groupe de gardiens n’a vu autant de rondelles dans une saison depuis que les Alpines de Moncton ont concédé 3098 lancers aux clubs adverses en 1995-1996. Ça illustre à quel point Luc Bélanger et Martin Villeneuve ont été miraculeux devant leur cage en se maintenant tout de même parmi l’élite du circuit pour le taux d’arrêts.

Villeneuve, qui était le plus jeune des deux portiers à 19 ans, n’a jamais regretté son passage à Moncton. Et cela, même s’il a demandé une transaction à mi-chemin dans la saison afin d’améliorer ses chances d’attirer l’attention des recruteurs professionnels.

«Je garde un très bon souvenir de ma demi-saison avec les Alpines, affirme Villeneuve. Ç’a été une expérience particulière, d’autant plus que c’était la première fois que je quittais le nid familial. Je jouais pour le Titan de Laval avant et mes parents habitaient à seulement sept minutes de l’amphithéâtre. En fait, il n’y avait qu’un pont à traverser.»

«J’avais même fait mes recherches sur la ville de Moncton et c’est ainsi que j’ai appris qu’il y avait beaucoup de francophones dans le coin. J’avais aussi découvert l’existence de l’Université de Moncton que j’ai d’ailleurs fréquenté pendant une session. Même que j’étais l’un des rares étudiants dans l’équipe», confie Villeneuve en riant.

Villeneuve se rappelle évidemment des innombrables mitrailles que lui et son partenaire Bélanger ont dû faire face au fil de la saison. Imaginez que les Alpines ont alloué 40 lancers ou plus dans 53 de leurs 70 rencontres de saison régulière. Et 16 fois, le nombre de tirs a atteint la cinquantaine.

«L’entraîneur des gardiens Roland Melanson nous a grandement aidé. C’est vraiment Roland qui m’a permis de prendre mon envol comme gardien. Si j’ai demandé à être échangé, c’est uniquement parce que je souhaitais attirer l’attention des recruteurs professionnels. Ça ne m’a finalement pas permis d’être repêché, mais j’ai au moins obtenu un essai avec les Sharks de San Jose en 1996», raconte Villeneuve.

Le portier de 5 pieds 11 pouces se souvient évidemment fort bien des problèmes financiers des Alpines qui ont finalement mené à la mise sous tutelle du club en janvier 1996.

Mais Villeneuve a tenu à préciser que rien ne laissait présager un tel fiasco lorsque la saison a débuté.

«Au départ, c’était vraiment la grosse classe, confie Villeneuve. Pendant le camp d’entraînement, l’équipe voyageait même en avion. Ensuite, nous avons fait quelques voyages en train et, encore là, c’était plutôt bien. Puis ça été les autobus où nous étions pris à dormir sur le plancher certains soirs au lieu d’être à l’hôtel.»

«Malgré tout, l’esprit d’équipe a toujours été bon, dit-il. Nous avions un bon groupe de vétérans. Et Lucien DeBlois a été extraordinaire. Il savait nous garder motivés. Lucien est vraiment un chic type. C’est tout un gentilhomme. Roland Collette aussi était très bon. Ils ont fait un travail formidable avec cette équipe. C’était pas facile pour eux parce que personne ne savait si l’équipe allait pouvoir terminer la saison. Ça ajoutait une couche additionnelle de stress à leur travail.»

En bref…

Invité à nous raconter une anecdote le mettant en vedette, Martin Villeneuve avait seulement une histoire drôle à nous livrer. «Nous étions à Victoriaville ce soir-là et c’est moi qui étais devant les buts parce que Luc était blessé. À un moment donné, j’ai vraiment eu envie d’aller aux toilettes et Lucien ne voulait pas utiliser son temps d’arrêt pour ça. Alors quand l’arbitre a sifflé un arrêt du jeu, j’ai aussitôt quitté la patinoire en prétextant un bris d’équipement. L’arbitre m’a donc alloué quelques minutes et j’ai filé vers le vestiaire. À mon retour sur la glace, l’arbitre qui ne savait rien de ma visite aux toilettes a remarqué que la ganse qui servait à serrer ma culotte n’était pas attachée. J’ai demandé à Martin Latulippe qui était près de moi de m’aider à l’attacher, mais comme il savait ce que j’étais allé faire il n’a jamais voulu m’aider. Pour tout dire, je ne me souviens plus qui est celui qui a finalement accepté de m’aider. Ce que je sais, par contre, c’est que nous avons beaucoup ri après le match», révèle Villeneuve…

En décembre 1995, les rumeurs allaient bon train pour que Martin Villeneuve soit échangé aux Voltigeurs de Drummondville. Selon le quotidien La Tribune, l’Acadien David Arsenault et Sébastien Lefrançois devaient être cédés aux Alpines en retour de Villeneuve et d’un autre joueur. Bien que les Voltigeurs ont effectivement tenté de mettre la main sur Villeneuve, c’est finalement le Laser de Saint-Hyacinthe qui a remporté la mise en envoyant Stéphane Routhier et Jean-Simon Lemay à Moncton. Steve Gervais avait accompagné Villeneuve à Saint-Hyacinthe…

Après une saison comme joueur de 20 ans avec les Huskies de Rouyn-Noranda, Martin Villeneuve a fait le saut dans le hockey professionnel où il a œuvré pendant sept saisons. Il a même porté à quelques reprises les couleurs des Canadiens de Fredericton à la suite de rappels. Il a surtout évolué pour le Brass de La Nouvelle-Orléans dans le Circuit de la Côte Est (ECHL)…

Saviez-vous que Luc Bélanger est le frère aîné d’Éric Bélanger, qui a disputé plus de 800 matchs dans la Ligue nationale avec les Kings de Los Angeles, les Hurricanes de la Caroline, les Thrashers d’Atlanta, le Wild du Minnesota, les Capitals de Washington, le Coyotes de Phoenix et les Oilers d’Edmonton? Luc Bélanger, lui, n’a disputé qu’une seule saison professionnelle partagée entre les Citadelles de Québec dans la Ligue américaine et les Sea Wolves du Mississippi dans l’ECHL…

NDLR: La série de textes sur les Alpines de Moncton se poursuit mardi en compagnie de l’attaquant Sébastien Roger et du défenseur Danny Dupont.