Frédéric Munger: l’homme à tout faire des Alpines

Si on fait abstraction de la poignée de vétérans parmi les joueurs et d’un ou deux recruteurs, les Alpines de Moncton ne comptaient que sur deux personnes qui avaient du vécu dans la LHJMQ lorsque s’est amorcée la saison 1995-1996.

Il y avait bien sûr le directeur général et entraîneur-chef Lucien DeBlois, qui a porté les couleurs des Éperviers de Sorel de 1973 à 1977.

L’autre était Frédéric Munger, ex-journaliste de radio qui était entre autres affecté à la couverture des Harfangs de Beauport de 1990 à 1995. D’abord avec CJRP, puis ensuite avec CHRC et NTR.

Munger, qui se veut une véritable banque d’anecdotes, était un peu l’homme à tout faire chez les Alpines.

Il était à la fois secrétaire de route, secrétaire aux opérations, responsable des relations avec les médias et même statisticien. Et à la mi-saison, quand l’équipe a procédé au congédiement de quelques employés afin de couper dans les dépenses, Munger a aussi été réceptionniste.

Il n’en conserve pas moins des souvenirs précieux de sa saison à Moncton.

«Au départ, il y avait beaucoup de méconnaissance sur le hockey junior majeur. Particulièrement chez les anglophones. Et je ne dis pas ça de façon négative. À Moncton, les gens étaient plutôt habitués à la Ligue américaine», raconte Munger.

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent la débandade financière des Alpines. Certes, les faibles assistances ont joué un grand rôle. Mais la configuration du calendrier, ainsi que le fait que le président John Graham ne regardait pas à la dépense, ont également eu un grand impact.

«Le calendrier n’était vraiment pas en notre faveur et ç’a été une grossière erreur de la LHJMQ de nous programmer cinq week-ends consécutifs sur la route au Québec en début de saison. Comment veux-tu créer un happening auprès du public local quand l’équipe n’est jamais là? Ç’a eu un impact majeur dans les problèmes financiers du club», soutient Munger.

«John Graham, lui, voyait trop grand. Il voulait que les joueurs soient traités comme des professionnels, un peu comme ça se faisait chez les Mooseheads de Halifax. Les premières fois, l’équipe voyageait en avion. Un vol nolisé aller-retour Moncton-Québec coûtait à l’époque 26 000$. Ça n’a pas pris de temps que nous nous sommes retrouvés dans un gouffre financier pas mal profond. C’était clair que nous nous dirigions dans un mur», confie Munger.

Au plus fort de la crise financière des Alpines, Frédéric Munger se souvient avoir vu Lucien DeBlois sortir régulièrement sa carte de crédit pour payer les dépenses.

«Ah la fameuse American Express Gold de Lucien. Quand nous étions sur la route, il payait tout avec sa carte. Heureusement que la ligue a tout remboursé», dit-il.

Comme Munger accompagnait l’équipe dans tous les voyages, il est devenu en quelque sorte le confident de DeBlois.

«Lucien a été un être exceptionnel pour les Alpines. Les gens ne réalisent pas tout ce qu’il a fait pour s’assurer que les jeunes ne souffrent pas trop des problèmes de l’équipe. Pour alléger l’ambiance, avec l’aide des vétérans Martin Latulippe et Luc Bélanger qui étaient de très grands leaders, Lucien a tenté de recréer un climat familial. Et pour s’assurer que ça fonctionne, il se débarrassait assez vite des joueurs qui avaient une mauvaise influence en les échangeant», mentionne Munger.

Il n’empêche que Lucien DeBlois avait parfois des périodes d’anxiété. La fatigue et le stress aidant, l’ancien hockeyeur professionnel se demandait s’il était vraiment à sa place derrière le banc d’une équipe.

«Lucien se questionnait beaucoup. Il se demandait s’il était un bon entraîneur. Les victoires n’étaient pas là, les deux gardiens devaient affronter chaque soir de nombreux lancers, la carte de crédit qui gonflait et c’est sans oublier qu’il vivait des moments difficiles sur le plan familial. Moi, je lui rappelais continuellement que nous étions dans une situation particulière et qu’il n’y avait rien de normal dans ce que nous vivions», explique Frédéric Munger.

En bref…

Peu de gens sont au courant, mais deux ans avant que le Drakkar de Baie-Comeau n’hérite d’une concession dans la LHJMQ en 1997, un groupe d’hommes d’affaires de cette municipalité de la Côte-Nord a tenté de se porter acquéreur des Alpines. «C’est arrivé à la mi-saison. En coulisses, ça se parlait comme quoi nous allions peut-être être transférés à Baie-Comeau. Ça n’a jamais été de l’avant parce que les coûts auraient été trop grands, en plus de la difficulté à trouver des pensions pour les joueurs, mais c’est une option qui avait été envisagée», se souvient Frédéric Munger…

Saviez-vous que les Alpines ont été la première équipe de la LHJMQ à utiliser internet. «C’était tout nouveau tout beau dans le temps et un technicien était venu nous installer ça. Nous devions nous brancher via le fax pour y avoir accès», mentionne Munger…

Martin Pouliot était le boute-en-train des Alpines selon Munger. «Tous les gars adoraient Martin. Il amusait tout le monde avec son anglais cassé. Les anglophones riaient beaucoup quand il se mettait à chanter en anglais. Je me souviens aussi des fois où il encourageait le chauffeur d’autobus à aller plus vite. “Push on the pédale” qu’il n’arrêtait pas de crier au chauffeur Michael Whalen sous les rires de ses coéquipiers. Martin, c’était tout un clown»…

Frédéric Munger se rappelle également d’un séjour en Abitibi. «Nous sommes à Val-d’Or pour une séquence de deux matchs en deux soirs. Le samedi, Lucien, moi et François LeBlanc, qui décrivait nos matchs à la radio, on s’est retrouvé après la partie dans un bar sportif pour prendre un verre avant de retourner à l’hôtel. Pendant la soirée, le DJ annonce au micro que le bar est heureux d’accueillir un ancien joueur des Canadiens et gagnant de la Coupe Stanley Lucien DeBlois. Lucien, qui la jouait très discret, a alors vu plein de gens venir lui demander des autographes. Certaines de ces personnes pensaient que Lucien venait juste de gagner la coupe, vu que les Canadiens l’avaient remporté en 1993. Lui, c’était en 1986 qu’il avait gagné la coupe», raconte Munger en riant…

Frédéric Munger souligne que les Alpines étaient à l’époque le seul club junior majeur en Amérique du Nord qui faisait ses annonces dans les deux langues. Je m’occupais du côté français et Gair Maxwell se chargeait du côté anglophone. Quand il y avait un but, ça nous prenait de deux à trois minutes pour annoncer le marqueur, le ou les passeurs et le temps du but. Et quand c’était mon tour en français, l’action avait eu le temps de reprendre et il y avait souvent un ou deux autres buts qui s’étaient ajoutés», indique Munger…