Guillaume Latendresse vit sereinement sa carrière après le hockey

Nous ne connaîtrons jamais la réponse, mais sans les commotions cérébrales qui l’ont forcé à se retirer à seulement 26 ans, il est probable que Guillaume Latendresse jouerait encore dans la Ligue nationale et qu’il totaliserait déjà plus de 300 buts en carrière. Une chose est certaine, ce n’est pas le talent qui lui manquait.

Il n’empêche que le dernier membre des Canadiens à avoir eu la chance d’entendre la foule du Centre Bell scander son prénom à l’unisson, «Guy! Guy! Guy!», réussit fort bien son après-carrière de joueur.

Même qu’il est désormais considéré comme un incontournable dans le monde des médias. Après sept années au Réseau des Sports (RDS), il a dans les derniers mois joint les rangs de l’équipe de TVA Sports, où lui et son grand ami Maxim Lapierre analysent les matchs du Tricolore.

Ajoutez à cela une présence accrue sur plusieurs tribunes radiophoniques, en plus bien sûr du podcast La Poche Bleue qu’il co-anime, toujours avec son pote Lapierre.

Ce dernier projet est de plus devenu pour Latendresse l’occasion de démontrer ses talents d’entrepreneur, alors qu’il existe aujourd’hui une panoplie de produits dérivées, dont un gin, deux bières (La Poche Bleue et la 84), des épices, des sauces, du café, des vêtements, etc.

«Je viens d’une famille d’entrepreneurs. Mon père a bâti sa compagnie à partir de zéro. Ça devait donc être dans mes gênes. Avec La Poche Bleue, Max et moi sommes rendus avec trois employés à plein temps et notre émission est écoutée chaque semaine, que ce soit en direct ou en différé, par environ 150 000 personnes», affirme celui que ses amis surnomment Tender.

«Nous réalisons que nous sommes chanceux de ce succès. Cela dit, c’est un projet que j’avais en tête depuis longtemps. Pour tout dire, nous nous sommes inspirés du podcast Spittin’ Chiclets qu’animent deux autres anciens joueurs de la LNH, Paul Bissonnette et Ryan Whitney aux États-Unis.»

Chaque semaine, Latendresse et Lapierre mènent des entrevues sur Zoom avec des personnalités sportives ou culturelles. C’est à la fois drôle et rafraîchissant.

«Nos invités sont à l’aise en venant nous parler. Ils savent que nous ne cherchons pas le scoop ou la grosse nouvelle visant à faire la Une du Journal de Montréal. Nous laissons vraiment la place à nos invités qui sont très généreux en anecdotes. De toute façon, Max et moi avons déjà suffisamment de plateformes pour parler de nous» confie-t-il en riant.

En moins d’un an, La Poche Bleue a déjà accueilli plusieurs immortels du hockey, dont Martin Brodeur, Raymond Bourque, Vincent Lecavalier, Vincent Damphousse, Luc Robitaille, Martin St-Louis, Guy Carbonneau et Michel Goulet. Ajoutez à ce groupe d’autres grands noms comme Jacques Villeneuve, Éric Gagné, Georges St-Pierre, Mikaël Kingsbury, Kevin Owens, Éric Lucas, Guy A. Lepage, Claude Meunier, Marc Messier et les Cowboys Fringants.

Pour les partisans du Titan d’Acadie-Bathurst qui souhaitent y jeter un œil, sachez que Roberto Luongo, Patrice Bergeron, Sean Couturier et son père Sylvain, Mathieu Perreault et Bruno Gervais ont déjà pris part à l’émission.

«Je pense que notre authenticité est une autre bonne raison qui explique le succès de La Poche Bleue, dit-il. Les gens qui écoutent se sentent comme s’ils faisaient partie de la gang. Et comme nous, ils ont aussi beaucoup de plaisir à en découvrir un peu plus sur nos invités. Certains et certaines ont des histoires incroyables à raconter. Tout ça fait partie de la recette.»

Une fois que la pandémie ne sera plus qu’une histoire du passé, les deux complices espèrent pouvoir se déplacer ici et là au Québec pour l’enregistrement des émissions. Ils sont même prêts à se déplacer à l’extérieur si la demande est là.

«Nous sommes ouverts à tout, indique Latendresse. Si jamais le Nouveau-Brunswick veut nous accueillir pour aller tourner une émission, nous allons y aller. Il y a d’ailleurs déjà beaucoup d’Acadiens qui nous écoutent.»

Une pensée pour Luc

Encore aujourd’hui, Guillaume Latendresse dit penser régulièrement à son ami Luc Bourdon. Leur amitié s’est forgée au rythme des multiples fois où ils ont pu jouer ensemble au sein des équipes de Hockey Canada.

Ils ont ainsi représenté le pays au Mondial M-18 en 2004, au Mondial junior et au Défi de la LCH face aux Russes en 2005. Et outre leurs équipes respectives lors des saisons régulières, ils ont également été des adversaires au Tournoi international pee-wee de Québec en 2001, aux Jeux d’hiver du Canada de Bathurst/Campbellton en 2003 et au Défi mondial M17 la même année.

«J’ai tellement eu de plaisir avec Luc les fois où nous avons pu jouer ensemble. Je garde de très beaux souvenirs du Mondial M18 à Minsk, en Biélorussie. Une journée, alors que nous visitions un château, Luc s’était mis à courir dans le champ en imitant un cheval. C’était vraiment très drôle. Luc était très comique. Pour sa photo officielle du tournoi, juste pour nous faire rire, il avait fait exprès d’avoir une face très sérieuse comme le faisaient les Russes», se remémore Latendresse.

«Je me souviens aussi à quel point ce n’était pas facile de jouer contre Luc. Quand nous nous affrontions, il faisait exprès pour venir m’écoeurer et ça durait tout le match. Luc, c’était une force de la nature. C’est définitivement l’un des gars les plus forts contre qui j’ai joué. Il était non seulement en offensive et en défensive, mais c’était également tout un patineur. Je n’ai aucun doute qu’il serait devenu un joueur de premier plan dans la Ligue nationale», dit-il.

«L’été qu’il est décédé, il devait venir passer l’été à Montréal avec moi, mon frère Olivier et Mathieu Curadeau pour s’entraîner. Ça nous avait donné tout un choc quand nous avions appris son décès», termine Guillaume Latendresse.

Occasion manquée

En 2005-2006, le Titan d’Acadie-Bathurst figurait parmi l’élite de la LHJMQ avec comme chefs de file les Olivier Labelle, Mathieu Roy, Thomas Beauregard, Petr Pohl, Mathieu Carle et Mathieu Perreault. À la mi-saison, l’équipe avait procédé à quelques changements afin d’améliorer ses chances. Sont alors arrivés Jonathan Duchesneau, Dave Bouchard, Renaud Des Alliers, Alexandre Dulac-Lemelin, André Joanisse et Maxime Joyal.

Mais ce que les gens ignorent, c’est que le Titan est passé très près d’obtenir par une transaction majeure impliquant trois équipes et qui aurait permis l’acquisition des frères Latendresse, Olivier et Guillaume.

Selon ce dernier, l’échange était dans la poche jusqu’à ce que le d.g. des Voltigeurs de Drummondville, Dominic Ricard, décide de se retirer du plancher de danse à la toute dernière minute. Évidemment, comme il est originaire de Drummondville, Mathieu Perreault était alors le joueur ciblé par les Voltigeurs.

Le directeur général du Titan Sylvain Couturier, bien qu’il dit ne pas se souvenir de tous les détails, confirme que des négociations sérieuses ont bel et bien eu lieu avec les Voltigeurs et les Foreurs de Val-d’Or pendant la période des Fêtes de 2005. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si Mathieu Roy a pris le chemin de Val-d’Or dès la saison morte en retour de Dany Massé.

«De ce que Dominic m’a raconté quelques années après, c’est venu très près de se faire. Ça aurait été un rêve de pouvoir jouer avec mon frère Olivier dans la LHJMQ. Déjà que c’était venu bien près deux fois», raconte Latendresse, qui a gradué avec les Canadiens de Montréal à l’automne de 2006 à l’âge de 19 ans.

«À mon année de repêchage en 2003, les Foreurs avaient le troisième choix et tout le monde était convaincu que j’allais me retrouver à Val-d’Or. Sidney Crosby était prévu pour être le premier choix de l’Océanic, bien sûr. Et les rumeurs voulaient que les Voltigeurs sélectionnent au deuxième rang Luc Bourdon. Les gars des Foreurs étaient tellement convaincus que je m’en allais en Abitibi qu’ils sont venus me réveiller à l’hôtel pendant la nuit de vendredi à samedi, quelques heures avant le repêchage, pour célébrer ça. Le repêchage avait justement lieu à Val-d’Or en plus. C’est finalement moi que les Voltigeurs ont choisi derrière Crosby et Luc est parti troisième», révèle-t-il en riant.

«Mais ce que les gens ignorent c’est que l’année d’avant, les Voltigeurs voulaient choisir mon frère Olivier au sixième rang, mais les Foreurs ont déjoué leur plan en le repêchant au cinquième rang», dit-il.

«C’est quand même dommage que je n’aie pas pu vivre ce qu’était le hockey junior en région. Certes, j’ai adoré mon séjour à Drummondville, mais c’était quand même pas mal proche de Sainte-Catherine, près de Montréal, où mon frère et moi avons grandi. J’aurais beaucoup aimé jouer à Bathurst et vivre l’expérience de me faire une nouvelle famille de pension et des amis là-bas, puis de pouvoir aller les visiter chaque été pour aller manger des fruits de mer», ajoute-t-il.