LHM: le Blizzard jette l’éponge

Parce qu’elle ne voyait plus comment reprendre l’action dans un laps de temps raisonnable, l’organisation du Blizzard d’Edmundston a choisi de mettre un terme à sa saison dans la Ligue de hockey des Maritimes.

Avec le récent retour en phase rouge de la zone 4, combiné à l’augmentation des cas de COVID-19 et de la situation pour le moins inquiétante à l’Hôpital régional d’Edmundston, le Blizzard en est venu à la conclusion que l’arrêt immédiat des activités de l’équipe était la seule option possible.

Évidemment, la décision n’a pas été prise de gaieté de cœur.

Il faut d’ailleurs entendre le président de l’équipe, André Lebel, se désoler «on ne voyait plus la lumière au bout du tunnel», pour comprendre à quel point ç’a dû faire mal de tirer un trait sur la saison, leur quatrième depuis que les dirigeants ont hérité de la concession des Commandos de Dieppe en 2017.

«Quand on s’engage auprès de jeunes hockeyeurs âgés de 17 à 20 ans qu’on les fait venir afin de jouer une saison complète, ça fait mal de ne pas aller jusqu’au bout», affirme Lebel.

«Plusieurs joueurs ont fait d’énormes sacrifices pour être ici. Nous avons entre autres une douzaine de joueurs du Québec, de l’Ontario et de l’Alberta qui n’ont pas vu leurs parents depuis la fin du mois d’août. Avec tout ce qui est arrivé, les derniers mois ont été très durs sur leur moral», révèle-t-il.

Le vétéran Félix Rioux, qui est originaire de Saint-Jean-de-Dieu dans le Bas-Saint-Laurent, confirme les dires du président.

«C’est très difficile, confie le joueur-étudiant de l’année de la LHM la saison dernière. C’est frustrant de voir que nous sommes la seule équipe qui a déclaré forfait. Nous sommes aussi la seule équipe des Maritimes qui a été autant touchée par la COVID-19.»

«Ça fait deux ans de suite que je vois ma saison prendre fin sans séries éliminatoires et je trouve ça cruel. Nous avons fait de gros sacrifices pour rester ici. Je m’ennuie de ma famille que je n’ai pas vu depuis plusieurs mois. Tous les Québécois et les Ontariens dans l’équipe sont dans la même situation. Même chose pour Paul Leroux qui vient de l’Ouest canadien. Il y a aussi les gars de la Nouvelle-Écosse, mais eux ont au moins eu la chance de voir leur famille au début du mois de décembre», raconte Rioux, qui en était à sa troisième campagne à Edmundston.

La chose à faire

Au fil de la conversation, le président Lebel finit par admettre que l’idée d’arrêter la saison germait dans la tête des propriétaires depuis la fin du mois de janvier.

«Ça faisait partie de nos options, mentionne-t-il. Nous avons même songé un moment à transférer le club ailleurs pour terminer la saison. Nous avons cependant compris assez rapidement que ce n’était pas viable financièrement. Ça ne faisait juste pas de sens.»

C’est en soirée, mercredi, que les joueurs ont appris la nouvelle via une réunion sur Zoom. André Lebel souligne que la direction s’est souvent réunie afin de s’assurer de la bonne décision à prendre.

«Nous avons dû avoir environ une vingtaine de réunions sur Zoom depuis le dernier week-end, indique-t-il. Nous avons vraiment tout fait ce qui était possible pour sauver la saison. Mais avec la situation que nous vivons, c’était impossible d’aller plus loin.»

«Alors pour le bien de la population, de nos partisans qui sont toujours là, de nos partenaires financiers, du personnel de l’équipe, de nos joueurs et aussi pour la ligue, nous avons décidé de tout arrêter. J’ai beaucoup de peine pour nos 20 ans qui doivent terminer leur carrière de cette façon. J’ai été moi aussi un joueur de hockey et je n’ai jamais vécu quelque chose comme ça dans mon temps», note le président avec de la tristesse dans la voix.

«Nous savons tous que l’organisation a tout fait pour sauver la saison, signale le joueur Félix Rioux. Pour être franc, il y a eu un temps cet hiver (janvier) où nous avons cru que c’était terminé. Nous avons même été presque deux mois sans rien faire et ç’a été difficile malgré le fait que nous avons des pensions fantastiques.»

«Et quand nous avons pu finalement recommencer à jouer en mars, nous étions vraiment heureux. Malheureusement, ça n’a pas duré longtemps. Personnellement, je me suis senti comme un enfant à qui on avait donné un jouet pour ensuite le lui retirer pas longtemps après», ajoute le numéro 11 du Blizzard.

Le Blizzard termine la campagne avec une fiche de 10-7-2 et occupe au moment de l’annonce le troisième rang de la division Nord.

De l’espoir jusqu’à la fin

Bien qu’ils se doutaient que plus les jours avançaient, plus les chances de reprendre l’action diminuaient, les joueurs du Blizzard ont cru jusqu’à la toute fin qu’un petit miracle allait s’opérer afin de leur permettre de disputer les séries éliminatoires.

«Nous avons toujours cru que ça allait recommencer, affirme l’attaquant de Tracadie Jérémy Duguay. Nous comprenons la décision, mais ça fait mal. C’est tellement décevant.»

«Nous avions une bonne équipe pour aller loin. Ça fait deux ans que je suis ici et je n’ai pas encore eu la chance de goûter aux séries éliminatoires d’une équipe junior», confie Duguay.

L’attaquant de Saint-Jacques Dylan Lang, l’un des trois joueurs locaux du Blizzard avec Joshua Nadeau (Saint-François-de-Madawaska) et Jérémie Thibodeau (Saint-Léonard), témoigne que les visages étaient très longs mercredi soir.

«C’est une annonce qui n’a pas été facile à entendre. On voyait bien que ça ne regardait pas bien dans les dernières semaines, mais nous avons continué de croire que ça allait s’arranger», mentionne Lang.

«Je peux aussi comprendre la frustration des gars de l’extérieur du Nouveau-Brunswick. Ça n’a pas été facile pour eux du côté mental. C’était facile pour un gars comme moi qui habite à la maison et qui peut voir ses parents chaque jour. Avoir été à leur place, je ne suis pas certain que j’aurais pu être sept mois sans voir ma famille. Ç’a dû être très dur pendant les Fêtes», souligne Lang.

Le Dieppois Jonathan Desrosiers a lui aussi avoué sa surprise quand les dirigeants de l’équipe ont procédé à l’annonce sur Zoom.

«Nous ne nous attendions pas à ça du tout. Personnellement, je croyais qu’ils avaient seulement des informations supplémentaires à nous donner en vue des séries éliminatoires. Plusieurs gars avaient les yeux dans l’eau quand nous avons appris la nouvelle», révèle le défenseur de 18 ans.

«C’est dommage parce que nous avions un très bon club. C’est également triste pour les gars de 20 ans. Je peux comprendre leur frustration. Mais au moins, ils peuvent se consoler en pensant qu’ils ont pu disputer près d’une vingtaine de matchs. Ils ont plein d’amis au Québec qui n’ont pas eu cette chance», mentionne Desrosiers.

«Nous allons maintenant nous concentrer sur la prochaine saison, alors que nous devrions avoir encore une très bonne équipe. Et avec ce qui est arrivé depuis un an, nous allons être encore plus affamés», promet Desrosiers.