Une bague perdue des Aigles Bleus retrouve son propriétaire

En 1984, Louis Bertrand, un petit bonhomme de 9 ans, hérite d’une étrange bague que son père Ernest vient de trouver dans le stationnement du Complexe récréatif Bob-MacQuarrie d’Orléans, une municipalité franco-ontarienne située le long de la rive sud de la rivière des Outaouais, en banlieue d’Ottawa.

Et n’eût été une conversation entre Louis, devenu grand, et sa famille, samedi, le bijou serait demeuré encore longtemps la propriété de la famille Bertrand.

Cette bague est celle de l’ancien numéro 5 des Aigles Bleus de l’Université de Moncton, Denis Rochon.

Ce bijou, coiffé d’une énorme pierre bleue, symbolise les deux conquêtes consécutives du Bleu et Or lors des championnats canadiens de 1981 et de 1982 (Coupe universitaire David Johnson).

L’ex-joueur de centre a perdu ladite bague en allant disputer une partie de squash avec un ami. Il se souvient seulement de l’avoir retiré pour disputer son match. Pour le reste, il croit l’avoir perdu en sortant les clés de son auto en quittant l’amphithéâtre.

Samedi, pendant qu’il regardait à la télévision les exploits de la Canadienne Brooke Henderson, en route vers son 10e titre en carrière dans la LPGA, Denis Rochon note qu’une jeune femme vient de lui envoyer un court message sur Messenger.

Il ne le sait pas encore, mais le destin lui fait signe.

«J’ai hésité avant d’aller voir ce que c’était. Tu sais ce que c’est sur Messenger, tu ne sais jamais ce qu’il peut arriver. Tu peux recevoir n’importe quoi. J’étais donc là et je me disais: “Je l’ouvre ou je l’ouvre pas!”. La demoiselle, qui se nomme Vanessa, voulait savoir si j’avais déjà joué pour l’Université de Moncton. J’ai répondu oui et elle m’a alors demandé si j’avais déjà reçu une bague de cette université. Elle me donne alors le numéro de téléphone de son père en écrivant que ce dernier avait quelque chose à me dire. J’ai tout de suite appelé», raconte-t-il le cœur rempli d’espoir.

Le père en question, vous l’avez sans doute deviné, est Louis Bertrand. Denis apprend à sa grande joie que ce dernier est en possession depuis toutes ces années de la fameuse bague et qu’il aimerait la lui remettre. L’ancien du Bleu et Or prend aussitôt rendez-vous pour se rendre dès le lendemain, dimanche, au domicile de Louis Bertrand, désormais logé à Plantagenêt, une localité située à une quarantaine de minutes en voiture d’Orléans.

Il aura fallu 37 ans à Denis Rochon pour récupérer sa précieuse bague des championats canadiens de 1981 et 1982 avec les Aigles Bleus de l’Université de Moncton. – Gracieuseté

«Tous les membres de la famille étaient là. Nous avions bien sûr tous nos masques, mais M. Bertrand voulait voir mon visage. Comme nous étions dehors à bonne distance, c’est ce que nous avons fait. Nous avions tous des beaux sourires. Il m’a d’abord raconté son histoire et je lui ai ensuite expliqué l’importance que cette bague avait à mes yeux», dit-il.

«Je lui ai dit que cette bague représente deux championnats qui ont été très importants dans ma vie et dans celle des Acadiens. Je lui ai donc raconté le cheminement de ces deux victoires et à quel point c’était quelque chose de gros à l’époque. C’était quand même la première fois qu’une université à l’est de l’Ontario remportait le titre national. Je lui ai aussi dit qu’étant moi-même un francophone hors Québec, je me sentais proche des Acadiens», révèle-t-il avec émotion.

«Tu aurais dû voir la joie dans leur visage. Ils étaient excités de me rencontrer. Je suis tellement content d’avoir récupéré ce petit morceau qui me ramène à d’aussi beaux moments. J’ai voulu offrir de l’argent à M. Bertrand, mais il a refusé. J’avais heureusement un plan B et je leur ai donc offert une bonne bouteille de vin, accompagné d’un petit message que j’ai signé avec mes initiales. La famille a apprécié le clin d’œil», indique-t-il.

«Ç’a été très émotif quand j’ai eu la bague. C’est le destin qui me faisait un tour de magie. J’ai aujourd’hui 64 ans et ça fait longtemps que je n’y pensais plus vraiment. En fait, les seules fois que j’y pensais c’est quand je croisais un ancien coéquipier qui l’avait au doigt», souligne-t-il.

«C’est quand même drôle que ça arrive quelques semaines après avoir placé sur Facebook une photo soulignant les 40 ans de notre victoire du 15 mars 1981. Grâce à Jacques Jobin, j’ai d’ailleurs pu parler avec tous les gars qui ont gagné avec moi lors de ces deux années. Il y en a certains avec qui je n’avais pas parlé depuis très longtemps», mentionne-t-il.

En terminant, l’auteur de ces lignes lui demande s’il est possible d’avoir une photo de lui avec sa bague au doigt.

«C’est impossible», s’est-il aussitôt exclamé.

«La bague est devenue comme une vieille paire de jeans. Je n’entre plus dedans», a-t-il ajouté en riant.

Il offre toutefois de demander à son épouse Linda de le photographier avec le bijou.

«J’ai l’intention de lui faire très attention dorénavant. Elle va se retrouver avec d’autres prix obtenus au fil des années dans mon petit Temple de la renommée à la maison», confia-t-il avant d’accrocher.

Bague enchantée

Pendant son enfance, Louis Bertrand s’est imaginé de multiples scénarios en jouant avec l’étrange bague bleue que son père Ernest lui avait donnée. Elle aura été en quelque sorte son «précieux».

«J’avais 9 ou 10 ans et j’accompagnais mon père à sa partie de squash. En sortant de l’auto, il a vu cette bague sur le terrain de stationnement et en se penchant pour la ramasser il a vu qu’elle avait une grosse pierre bleue. Comme je suis né en septembre et que ma pierre de naissance est le bleu, mon père a décidé de me la donner», se rappelle-t-il.

«J’ai tellement joué avec cette bague-là quand j’étais petit. Je me faisais plein d’histoires. Pour moi, c’était une bague magique. C’était mon trésor. Je me disais qu’une grosse bague comme ça ne pouvait qu’appartenir qu’à un grand monsieur qui était important. Tout ce que je savais c’est que c’était écrit Moncton sur la bague, mais j’ignorais complètement où c’était», raconte Louis Bertrand.

«Plus tard, je l’ai ensuite ramassé dans une boîte et quand je me suis marié elle s’est retrouvée dans la boîte à bijoux de ma femme. Samedi, mes enfants me taquinaient sur le fait que je ne portais jamais mon jonc de mariage et ma plus jeune, Vicky, me dit qu’elle aimerait que je lui donne ma grosse bague bleue. Je ne savais pas de quoi elle me parlait. Je l’avais complètement oublié cette bague-là», dit-il.

«Ma femme Annick est alors partie dans la chambre pour la chercher. C’est alors que mon père, qui était présent, a dit que ce serait cool si nous parvenions à retrouver le monsieur à qui appartenait la bague. Je n’y croyais pas vraiment, d’autant plus que je ne suis pas très bon sur internet», mentionne M. Bertrand.

Ce n’était pas pour décourager ses enfants qui décident de faire une recherche à partir des informations disponibles sur la bague. Outre le nom de l’Université de Moncton, ainsi que les années 1981 et 1982, on retrouve aussi à l’arrière les initiales du joueur (D.R.).

Puis, en visitant un site de statistiques, ils découvrent que le seul joueur qui correspond aux initiales est Denis Rochon. Une recherche rapide sur Facebook leur permet ensuite de retrouver un Denis Rochon dont la photo de profil le montre en joueur de hockey avec une tuque sur la tête. C’était le bon gars.

«Ma plus vieille Vanessa a décidé de lui envoyer un message avec mon numéro de téléphone et pas longtemps après M. Rochon a appelé. C’était incroyable. Le temps que ma femme aille chercher la bague dans la chambre au moment ou M. Rochon a appelé, je dirais qu’il est passé environ 30 minutes. En une demi-heure, nous ne l’avions pas seulement retrouvé, mais j’étais en contact avec lui», révèle Louis Bertrand, encore éberlué par son aventure.

«C’est merveilleux ce qui est arrivé. Et l’histoire que M. Rochon m’a racontée sur la bague, dimanche, est encore plus magique que toutes celles que je me suis imaginées quand j’étais tout petit. J’espère qu’un jour, une fois la pandémie terminée, nous pourrons nous réunir sur une terrasse quelque part et qu’il me raconte de nouveau l’histoire de cette bague», termine Louis Bertrand.