Championnat mondial de hockey féminin: «J’avais le cœur brisé pour les filles.»

Heureusement que Serge LeBlanc est un bon vivant et qu’il est positif de nature, parce qu’il aurait toutes les raisons du monde d’être malheureux ces jours-ci.

Actuellement en confinement obligatoire, le préposé à l’équipement le plus célèbre en Acadie a accepté de nous résumer son mercredi 21 avril, une journée qu’il considère parmi les pires qu’il a eu à traverser au fil de sa carrière.

Pour ceux et celles qui auraient raté la nouvelle, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a décidé mercredi dernier d’annuler le Championnat mondial de hockey féminin qui devait se tenir conjointement à Halifax et Truro, du 6 au 16 mai. La raison évoquée est bien sûr la satanée COVID-19, l’empêcheuse de tourner en rond des 13 derniers mois.

Pourtant, bien que certaines filles cachaient mal leur nervosité, les sourires étaient radieux quand tout le monde s’est présenté au Scotiabank Centre, en matinée. Il s’agissait d’une journée importante pour le programme national.

Un dernier match intraéquipe est prévu à 13h. Puis, quelques heures plus tard, la haute direction devait procéder à l’annonce des 25 joueuses choisies pour représenter le pays au Mondial. Le plan de match s’est vite retrouvé à la poubelle.

«À midi juste, j’ai reçu un texto en lettres majuscules m’invitant à une réunion d’urgence avec le personnel de soutien, l’équipe médicale et les entraîneurs. C’est là que nous avons appris l’annulation du tournoi. La haute direction voulait que nous soyons les premiers informés afin que nous puissions aider les joueuses qui devaient apprendre la nouvelle après nous», affirme Serge LeBlanc.

«En fait, ils l’ont d’abord annoncé au groupe de leaders du club, avant les autres joueuses. En tout et partout, je dirais que ç’a pris une vingtaine de minutes avant que tout le monde soit mis au courant. Nous étions tous sous le choc, y compris la haute direction. Personne n’avait vu venir une telle annonce. Nous avons eu une dernière réunion sur Zoom à 17h, où Tom Renney et Scott Smith ont tenté de clarifier tout ça», poursuit celui qu’on surnomme affectueusement Bayo dans le milieu.

«Ç’a été l’une de mes journées les plus difficiles en carrière. C’est difficile de perdre un match pour la médaille d’or, mais c’est encore pire quand tu n’as même pas la chance de compétitionner. J’avais le cœur brisé pour les filles. Les plus jeunes sont bloquées dans leur développement, alors que parmi les plus vieilles ce tournoi était peut-être leur dernier rendez-vous avant d’accrocher leurs patins», confie LeBlanc.

«Je sais que Hockey Canada a annoncé qu’il comptait présenter le tournoi plus tard cette année et je souhaite que ça se fasse. J’espère aussi que Hockey Canada va procéder rapidement à une annonce. Parce qu’actuellement, les filles ne savent pas si ça vaut la peine de continuer de s’entraîner. Elles ont besoin d’une date pour s’assurer d’arriver au sommet de leur condition physique à temps pour le tournoi. Présentement, elles ont zéro réponse à leurs questions», mentionne-t-il.

Serge LeBlanc est de retour au Nouveau-Brunswick depuis jeudi et il s’est aussitôt mis en quarantaine dans un chalet appartenant à l’un des oncles de son épouse.

«Je suis isolé jusqu’à jeudi de la semaine prochaine, dit-il. Comme j’ai mon ordinateur avec moi, je peux effectuer mon travail pour l’Université de Moncton. Je travaille sur les budgets des équipes sportives en vue de la prochaine année. J’ai quand même hâte de sortir d’ici pour serrer ma famille dans mes bras et pour aller voir jouer mes enfants.»

«J’ai également hâte de disputer une première ronde de golf. L’un de mes amis, Philippe Poirier, est d’ailleurs venu m’écœurer en fin de semaine devant le chalet pour venir me montrer son sac de golf. Il s’en allait jouer une ronde à Sussex. Remarque que je lui aurais probablement fait le même coup si j’avais été à sa place», termine Serge LeBlanc en riant.