CH: les partisans croient en la fin de la disette

Vingt-huit ans! Mercredi marquait le 28e anniversaire de la dernière fois que les Canadiens de Montréal ont pu toucher à la Coupe Stanley. Pour les vieux fanatiques de l’équipe, ça représente une éternité. Imaginez, jamais auparavant dans l’histoire de l’organisation n’avait-t-on vu des partisans du CH dans la jeune trentaine ne posséder aucun souvenir d’une conquête de leur équipe favorite.

Depuis 1917, année de la naissance du club, la plus longue attente avait été auparavant de 13 ans, de 1931 à 1944.

Il y a d’ailleurs de moins en moins de survivants pour témoigner de quelque chose qui remonte avant que Maurice Richard ne devienne le Rocket.

Sinon, le plus longtemps que les partisans ont eu à attendre entre deux conquêtes pour retourner célébrer dans les rues du centre-ville était de sept ans. Ce sont justement les parenthèses entre les deux derniers championnats en 1986 et 1993.

Bref, vous aurez compris que les vieux fans de la sainte flanelle ont été gâtés. Tellement gâtés que le Bleu Blanc Rouge n’a raté les séries éliminatoires qu’à huit reprises entre 1917 et 1993, dont seulement deux fois à compter de 1941. Rien à voir avec aujourd’hui. La preuve, les Glorieux ont raté le rendez-vous printanier 10 fois depuis que Patrick Roy a fait son fameux clin d’œil à Tomas Sandstrom.

À partir de ces faits, il est plus facile de comprendre la frénésie des partisans. Comme quoi il suffit encore d’une étincelle pour rallumer la flamme. Et présentement, la flamme est aussi vive qu’en 2010 et en 2014, les deux seules autres fois où l’équipe est parvenue à se faufiler dans le carré d’as depuis 1993.

Malheureusement, ils ont été sortis en cinq petits matchs en 2010 par les Flyers de Philadelphie qui, il faut bien l’admettre, étaient trop forts pour eux. Puis, en 2014, une blessure à Carey Price avait ruiné les chances de victoire face aux Rangers de New York. Maudit Chris Kreider.

Est-ce que cette troisième tentative sera la bonne? En Acadie, ils sont plusieurs à y croire. Ou du moins à y rêver.

C’est le cas de Ronald Godin. Le septuagénaire aime les Flying Frenchmen depuis sa tendre enfance. Pensez-y, Ronald se rappelle avoir vu le petit Gump Worsley, sans masque svp, devant la cage du CH, la tête qui dépassait à peine la barre horizontale.

«Je remarque beaucoup de similitudes avec les conquêtes de 1986 et 1993, raconte le natif de Bathurst d’un ton enjoué. Comme ça avait été le cas lors des deux dernières coupes Stanley, les Canadiens sont loin d’être les favoris. Les trois gains en prolongation depuis le début des séries me rappellent aussi les 10 victoires en prolongation de 1993. Et comme ça avait été le cas en 1986 et en 1993, la contribution vient de tous les trios. C’est sans oublier que Carey Price fait la différence comme Patrick Roy les deux dernières fois. Comme Roy, Price est le genre de gardien capable de voler un ou deux matchs dans chaque ronde éliminatoire.»

Ronald dit n’avoir jamais perdu espoir dans l’équipe, même après avoir vu ses favoris encaisser une volée de 4 à 0 dans le quatrième match de la série contre les Maple Leafs de Toronto, et qui s’étaient du même coup retrouvés face à l’élimination. Le CH n’a depuis plus perdu.

«J’étais inquiet, bien sûr, mais je savais que Price était capable d’aller voler un match. Des gars comme (Tyler) Toffoli et (Jeff) Petry m’ont également fortement impressionné, ainsi que les jeunes (Cole) Caufield, (Nick) Suzuki et KK (Jesperi Kotkaniemi). Honnêtement, je suis déjà content de ce que j’ai vu jusqu’ici. Si jamais ça s’arrête ici, je serai le premier à dire merci. En même temps, je rêve de voir mon équipe gagner une 25e Coupe Stanley avant ma mort. J’ai 71 ans et j’espère de vivre jusque là», mentionne-t-il.

– Vous avez encore au moins 25 autres bonnes années pour y rêver, lui a lancé l’auteur de ces lignes.

«C’est sûr. Ma mère a 98 ans et elle pète le feu», a-t-il rétorqué en riant aux éclats.

La magie s’est opérée

Guy Chiasson, le nouveau maire de Balmoral, en est un autre qui apprécie au plus haut point les exploits du Tricolore.

«Des souvenirs de 1986 et de 1993 me sont revenus en mémoire, dit-il. Le jeune Caufield me fait penser à Claude Lemieux en 1986. Comme Caufield, Pépé était un jeune joueur qui s’était joint à l’équipe en fin de saison. Et comme Lemieux, Caufield parvient à faire la différence dans les moments clés. Le but de Lemieux sur son revers en prolongation contre Hartford est resté gravé dans ma mémoire. Je vais aussi me souvenir longtemps de la passe de Caufield à Toffoli.»

Guy est évidemment conscient que l’apport du gardien Carey Price et du quatuor défensif, composé de Jeff Petry, Shea Weber, Ben Chiarot et Joel Edmundson, y est pour beaucoup dans les succès du club. Sans eux, l’équipe serait déjà éliminée c’est certain.

«Je dois avouer que j’avais abandonné quand les Maple Leafs ont pris les devants 3-1 en première ronde. Il n’y avait alors que Price qui jouait bien. J’étais même convaincu que c’était terminé pour Marc Bergevin et Dominique Ducharme. Je voyais Patrick Roy revenir à Montréal comme directeur général et Joël Bouchard, ou Bob Hartley, comme entraîneur-chef», confie le jeune quinquagénaire.

«Aujourd’hui, je crois vraiment aux chances des Canadiens. La magie s’est opérée et la confiance est très élevée. Ça fait 28 ans que j’attends ça. Je ne dis pas qu’ils sont assurés de remporter la prochaine ronde, mais je crois sincèrement que l’équipe qui va l’emporter va ensuite gagner la coupe. Écoute, nous avons même une parade de la Coupe Stanley qui est prévue au camping Héron Bleu à Charlo», révèle Monsieur le maire en riant.

Les leaders se sont levés

Pour sa part, Luc Foulem aime particulièrement la chimie qui s’est installée au sein de l’équipe.

«C’est étonnant de les voir aller, étant donné que la saison régulière s’est plutôt terminée en queue de poisson. Et honnêtement, avant que ne débute la série contre Toronto, j’étais de ceux qui auraient été contents si l’équipe avait gagné deux matchs. Les Maple Leafs étaient largement favoris. D’accord, Marc Bergevin avait ajouté de bons éléments, mais il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas», commente l’annonceur-maison du Titan d’Acadie-Bathurst.

«Selon moi, il s’est passé quelque chose après le quatrième match contre Toronto. Je crois que les leaders se sont levés dans le vestiaire. Ils ont dû dire aux autres joueurs qu’il était temps de se regrouper et d’arrêter de trop respecter l’adversaire. Depuis, la chimie est incroyable.»

«Pour la prochaine ronde, il faudra cependant que Price continue de faire la différence et que la défensive demeure un mur devant les attaquants adverses. En même temps, il faut se rendre à l’évidence que les Canadiens n’ont pas eu à composer contre des clubs comme Vegas ou Colorado. On parle ici de clubs extrêmement rapides. Beaucoup plus que les Canadiens en tout cas. C’est hallucinant de voir ces deux équipes déplacer la rondelle», ajoute le natif de Beresford.

Leadership incroyable

Enfin, l’ancien entraîneur-chef des Aigles Bleus de l’Université de Moncton Pete Belliveau, qui était à la barre de l’équipe lors du dernier championnat canadien en 1995, dit savourer chaque instant des présentes séries éliminatoires de son équipe préférée.

Quand ça vient d’un gars qui se souvient encore clairement du but controversé de Henri Richard lors de la finale de 1966, but réussi en prolongation qui a permis du même coup au CH de remporter la Coupe Stanley, ce ne sont pas des paroles en l’air.

«Je n’en reviens pas du synchronisme des unités offensives et défensives des Canadiens, indique le résident de Dieppe. Ça fait longtemps que je n’ai pas vu une équipe du CH jouer avec une telle synergie. La seule chose qui me fatigue un peu c’est l’utilisation du jeune (Alexander) Romanov. Je ne comprends pas pourquoi il ne joue pas plus. Sinon, tout est parfait. Le leadership des vétérans est incroyable. J’aime aussi la façon dont Dominique Ducharme utilise ses trios. C’est au point que tu ne peux pas distinguer quel trio est meilleur que les autres.»

Signe qu’il en a vu d’autres, l’homme âgé de 66 ans dit n’avoir jamais douté des chances des Canadiens de passer au travers des Maple Leafs au premier tour.

«Il n’était pas question d’abandonner après la quatrième partie. Je crois beaucoup dans l’importance de marquer le premier but dans un match et je me disais que si l’équipe parvenait à le faire ça allait bien aller. C’est ce que les Canadiens ont fait dans la cinquième partie en prenant les devants 2 à 0, et ç’a encore été le cas lors du sixième match avec une avance de 3 à 0. Je retiens aussi le travail de Philip Danault contre les gros morceaux des Maple Leafs et l’énorme leadership de Brendan Gallagher. Ce petit joueur n’a vraiment peur de rien», souligne Pete Belliveau.

«Les Canadiens doivent continuer de jouer leur partie et forcer le club adverse à s’adapter à leur jeu. C’est la clé selon moi. Et avec Carey Price devant le filet, je crois que tout est possible. Il a présentement le même impact qu’avait eu Patrick Roy lors des deux dernières coupes», révèle-t-il.