Canadien: les années 1970 font encore rêver les partisans

Les septuagénaires d’aujourd’hui, friands de hockey et surtout des Canadiens Montréal, sont probablement les premiers à admettre qu’ils ont été les enfants les plus gâtés des années 1950. Quand ton équipe gagne cinq coupes Stanley consécutives, record encore à ce jour inégalé, ça peut être tentant de faire des grimaces au petit camarade avec son gilet des Bruins ou des Rangers.

Ceux qui sont dans la cinquantaine et qui ont connu les années 1970 ne sont également pas à plaindre.

Serge Savard fils fait partie de cette génération qui a vu les Guy Lafleur, Ken Dryden, Jacques Lemaire, Yvan Cournoyer, Bob Gainey, Mario Tremblay, Yvon Lambert, Larry Robinson, Guy Lapointe et bien sûr son père Serge soulever de multiples coupes Stanley, dont quatre de suite de 1976 à 1979.

«J’ai vécu une belle époque, convient-il. Toute la famille nous allions voir mon père jouer au Forum les samedis soir.»

«Et à la fin de l’année, notre père venait nous chercher au collège, mon frère et moi, pour assister à la parade de la Coupe Stanley. C’était devenu normal pour nous d’aller à la parade parce que les Canadiens gagnaient tout le temps», se remémore-t-il.

L’ancien porte-couleurs des Aigles Bleus de l’Université de Moncton (1986 à 1988) se rappelle d’ailleurs encore fort bien de la finale de 1976, où le Tricolore avait mis fin au règne des rudes et dangereux Flyers de Philadelphie, les tristement célèbres Broad Street Bullies.

«Cette victoire a changé le hockey parce que si les Flyers l’emportaient, le cycle de violence se serait poursuivi. Cette première de quatre conquêtes d’affilée a été le début d’une ère nouvelle. Ç’a été un moment significatif pour mon père. Il m’en parle encore. Pour lui, cette victoire contre les Flyers et la Série du Siècle de 1972 sont les deux événements les plus marquants de sa carrière», raconte Serge Savard fils.

Un Price en grande forme

Comme tous les partisans des Canadiens, Savard suit de près les présentes séries éliminatoires. Il aime bien ce qu’il voit, particulièrement le brio de Carey Price devant le filet.

«Le repos d’un mois en fin de saison a fait en sorte qu’il était frais pour débuter les séries. Si on regarde ça froidement, Price commence toujours les saisons avec force depuis trois ou quatre ans. À chaque début de saison, il arrête tout. Ç’a été la même chose cette année. Mais dans l’ensemble, il vient de connaître une saison misérable. La présence de Jake Allen lui a toutefois permis de prendre une pause. Et quand il est reposé, Price est dominant», estime celui qui a dirigé le Rocket de Montréal puis le Rocket de l’Île-du-Prince-Édouard pendant plus d’une dizaine d’années. Il était aussi l’un des propriétaires de l’équipe.

Serge Savard fils n’est cependant pas d’accord avec le jeu des comparaisons entre l’édition de cette année et celle de 1993. Il faut dire qu’il est bien placé pour en parler puisqu’il a accompagné son père partout pendant la dernière conquête de l’équipe.

«Je comprends les gens de voir des similitudes. Surtout en raison de la façon dont la première ronde s’est déroulée contre Toronto. C’est vrai que ça peut rappeler celle contre les Nordiques de Québec en 1993, où les Canadiens ont perdu les deux premières parties. Mais les comparaisons s’arrêtent là selon moi. On parle ici de deux clubs complètement différents. Sans rien enlever à la formation d’aujourd’hui, l’équipe de 1993 était de beaucoup supérieure à l’attaque avec les Vincent Damphousse, Kirk Muller et Brian Bellows. C’est sans oublier des gars comme Stéphan Lebeau et John LeClair, entre autres.»

«Et la défensive bougeait nettement mieux la rondelle avec les Éric Desjardins, Patrice Brisebois, Mathieu Schneider, Kevin Haller, Jean-Jacques Daigneault et Lyle Odelein. Les Canadiens avaient un jeu de transition exceptionnel. J’ai toujours dit que les Canadiens de 1992-1993 étaient l’équipe la plus sous-estimée à avoir gagné la Coupe Stanley», affirme-t-il.

Aujourd’hui, quand on parle de la conquête de 1993, les partisans soulignent le mesurage du bâton de Marty McSorley vers la fin du deuxième match comme du point tournant de la série. Si les Kings remportent ce duel, ils prennent l’avance 2-0 dans la finale. Le CH a profité de la pénalité pour créer l’égalité puis l’emporter en prolongation. Plusieurs personnes louangent depuis le culot de Jacques Demers au sujet de cette pénalité.

Serge Savard fils a justement une excellente anecdote là-dessus. Selon lui, ce n’est pas en demandant le mesurage du bâton de McSorley que l’entraîneur-chef a démontré qu’il avait des couilles d’acier, mais bien en retirant son gardien Patrick Roy afin d’attaquer le filet adverse à 6 contre 4.

«Les gens ont oublié que Jacques a enlevé Patrick sur la même séquence du mesurage. Ça prenait du culot pour faire ça. À l’époque, ça n’arrivait aussi bien dire jamais de voir un entraîneur retirer son gardien quand son équipe disposait déjà de l’avantage d’un homme en fin de partie. Je me souviens que même les joueurs étaient stupéfaits sur le banc. Patrick se demandait ce que Jacques faisait là.»

Un premier vrai test

En demi-finale, les joueurs de Dominique Ducharme seront confrontés aux gagnants de la série opposant les Golden Knights de Vegas et l’Avalanche du Colorado. Les Golden Knights sont évidemment les favoris, bien que l’Avalanche n’ait pas encore dit son dernier mot. Nathan MacKinnon et ses coéquipiers tenteront justement de forcer la présentation d’un septième et ultime duel, jeudi soir.

Pour sa part, Serge Savard fils avoue favoriser Vegas.

«Contrairement aux Maple Leafs et aux Jets qui avaient beaucoup trop de passagers, les Golden Knights seront un vrai test pour les Canadiens. Et honnêtement, je trouve que les Golden Knights ont une équipe qui ressemble aux Canadiens de 1993. À l’attaque, ils ont de gros morceaux avec les Mark Stone, (Max) Pacioretty, Jonathan Marchessault et (William) Karlsson. Stone me fait penser à Brian Bellows. Ce n’est pas un grand patineur, mais comme Bellows c’est tout un marqueur. C’est la même chose en défensive avec (Alex) Pietrangelo, (Shea) Theodore et (Alec) Martinez qui font très bien circuler la rondelle. Et puis ils ont Marc-André Fleury qui joue selon moi comme un gagnant du trophée Conn Smythe. Si Vegas gagne la coupe, c’est Fleury qui va être nommé le plus utile.»

«Alors si tu me demandes si les Canadiens ont une chance, la réponse est non quand tu regardes ça sur papier. Cela dit, il se passe parfois des choses étranges en séries. Les gars semblent avoir cliqué en même temps. C’est comme s’ils étaient soudainement devenus des frères. Et quand une équipe est capable de se regrouper ainsi en tant que groupe, elle devient alors très difficile à battre.»

«Je suis excité en vue de cette série», conclut-il.