Huit heures après avoir battu le record mondial du 50m papillon S7 lors sa ronde de qualification, la nageuse Danielle Dorris a fait encore mieux en finale, battant cette fois-ci non seulement sa propre marque mais en y ajoutant une spectaculaire médaille d’or, vendredi, aux Jeux paralympiques de Tokyo.

La Néo-Brunswickois de 18 ans a enregistré un chrono record de 32,99 secondes, soit 52 centièmes de mieux que son temps de 33,51 secondes réussi un peu plus tôt au Centre aquatique de Tokyo.

L’Américaine Mallory Weggemann, qui détenait l’ancienne marque mondiale de 33,81 secondes, a pris la deuxième place en 34,30 secondes. Weggemann avait établi son record le 16 juin 2012 à Bismarck dans le Dakota du Nord.

Avec un temps de 34,32, l’Italienne Giulia Terzi a mérité le bronze, elle qui en était à une cinquième médaille en autant d’épreuves à Tokyo.

Rappelons que Danielle Dorris en était de son côté à un deuxième podium à ces mêmes jeux, puisqu’elle a mis la main sur l’argent plus tôt cette semaine au 100m dos S7. La nageuse du club de natation Bleu et Or a également pris la quatrième place au 200m quatre nages individuel SM7.

«Celle-ci [l’or] signifie tellement plus. Le papillon est vraiment l’épreuve que j’aime le plus. De remporter une médaille, l’or en plus, est très spécial pour moi. Quand je me suis présentée à Tokyo, je savais que c’était une possibilité que je puisse battre le record parce que j’étais dans ces temps-là pour mon papillon pendant les entraînements», a révélé la jeune athlète en visioconférence sur Zoom, vendredi matin.

«En même temps, je ne savais pas ce que les autres nageuses allaient faire. Je ne savais pas si j’allais gagner l’or, l’argent ou le bronze. Je suis juste chanceuse d’avoir gagné. Les choses ont bien été pour moi. Pour la finale, je ne savais pas que j’allais obtenir ce temps (32,99 secondes). J’espérais juste un chrono un peu au-dessus de 33 secondes, mais je vais prendre les 32 secondes. Vraiment, ça ne pouvait mieux aller. J’ai maintenant hâte de voir ma famille et mes amis. J’espère qu’ils sont fiers de moi. Je suis contente de ramener ces médailles à la maison. J’ai fait ça pour eux, vraiment, et aussi pour moi, mais vraiment beaucoup pour eux», a-t-elle poursuivi, en promettant d’aller montrer le plus rapidement possible ces médailles à ses coéquipiers du CNBO à la piscine.

Dorris, qui célébrera son 19e anniversaire de naissance le 22 septembre, devient la première athlète du Nouveau-Brunswick à remporter une médaille d’or aux Jeux paralympiques depuis 2012 aux Jeux de Londres, année ou le joueur de basketball en fauteuil roulant David Durepos est grimpé pour la troisième fois de sa carrière sur la plus haute marche du podium après Sydney (2000) et Athènes (2004).

En raison de son jeune âge, l’avenir de Danielle Dorris s’annonce pour le moins intéressant. Il est déjà acquis qu’elle espère être des rendez-vous de Paris (2024), Los Angeles (2028) et Brisbane (2032), en Australie.

Et comme elle n’aura que 29 ans lors des Jeux paralympiques de Brisbane, rien ne dit qu’elle ne se laissera pas tenter de prolonger l’aventure. Après tout, Mallory Weggemann est actuellement âgée de 32 ans.

«Je veux continuer. Je suis encore jeune et je n’aurai que 21 ans à Paris. J’aimerais continuer au moins jusqu’à 30 ans», a mentionné celle qui en déjà à ces deuxième jeux puisqu’elle était à Rio de Janeiro en 2016.

Et lorsque l’auteur de ces lignes lui souligne que Montréal et Toronto songent actuellement à déposer leur candidature pour 2036, elle répond dans un large sourire: «On va voir».

Son entraîneur Ryan Allen, qui l’accompagne à Tokyo, était pour sa part encore ému d’avoir remis la médaille d’or à sa jeune protégée. C’est d’ailleurs cette dernière qui en a fait la requête.

«C’était extrêmement très cool de lui remettre sa médaille d’or, a confié Allen. Ç’a été beaucoup d’émotion.»

Allen est par ailleurs convaincu que les exploits de Danielle Dorris vont avoir un impact positif, tant pour le club CNBO que pour la paranatation au Nouveau-Brunswick.

Le mot de la fin appartient à Danielle Dorris qui répondait à l’une des nombreuses questions posées dans sa conférence, à savoir ce qu’elle pensait de l’idée d’être un modèle pour la nouvelle génération d’athlètes paras.

«C’est cool si je parviens à inspirer d’autres jeunes à rejoindre mon sport, puis de croire qu’on peut avoir du succès en travaillant fort pour y arriver», a répondu la nouvelle recordwoman du 50m papillon S7.

La nuit a été courte chez les Dorris!

Mis à part la sœur jumelle de Danielle, Roxanne, ça n’a pas beaucoup dormi chez les Dorris au cours des 24 dernières heures, la finale étant présentée très tôt à l’heure de l’Atlantique.

Le papa, Jean-Pierre, a à peine fermé l’œil. La maman, Wanda, est encore trop excitée pour visiter le pays des rêves.

C’est encore pire à Nicolet, au Québec, où les grands-parents paternels, Michel et Kathleen Dorris, n’ont pas roupillé depuis mercredi. C’est normal, ils sont les plus grands fans de la nouvelle coqueluche du sport néo-brunswickois, Danielle Dorris.

«Nous sommes tellement fiers, s’exclame Jean-Pierre de son domicile de Moncton. Je savais déjà qu’elle allait gagner quand je l’ai vu sortir la tête de l’eau après le départ. C’est incroyable à quel point elle est forte des jambes.»

«C’est sa grande force. Honnêtement, je m’attendais à ce qu’elle nage sensiblement en un temps semblable qu’hier (jeudi) soir, mais non elle a plutôt battu le record de… Euh… je veux dire son propre record du monde», précise-t-il en riant.

«Nous n’avons pas beaucoup dormi cette nuit. Il n’y a que Roxanne en fait. Elle n’a que 18 ans et ça dort dur à cet âge. Moi, je me suis couché vers 1h du matin mais j’étais déjà debout à 4h. En fait, j’ai dormi très peu. Wanda, ma femme, n’a pas dormi du tout tellement elle était nerveuse. Elle était trop excitée pour ça», raconte Jean-Pierre Dorris.

«Mes parents à Nicolet, eux, n’ont même pas pu dormir la veille», ajoute-t-il en s’esclaffant une autre fois.

Jean-Pierre Dorris était également fier de nous apprendre que la Ville de Moncton prépare déjà des célébrations pour sa fille.

«C’est déjà prévu, dit-il. Mais j’aimerais que ce soit organisé en collaboration avec le club de natation Bleu et Or et Natation Nouveau-Brunswick. Sans ces deux organismes, la médaille d’or et le record mondial n’existent pas. Ce sont les gens du CNBO et de natation Nouveau-Brunswick qui ont développé Danielle. Je suis particulièrement reconnaissant envers son entraîneur Ryan Allen qui s’occupe d’elle depuis 2014.»

Pour Jean-Pierre Dorris, de voir sa fille trôner au sommet de son sport est pour le moins remarquable. Il ne faut pas oublier que Danielle a seulement commencé à pratiquer la natation à l’âge de 9 ans. Ça ne fait donc que neuf ans qu’elle pratique son sport.

«Nous vivions dans la région d’Ottawa quand elle a commencé. Je me souviens que lors de ses premières compétitions, Danielle nageait avec les autres enfants sans handicap. Elle n’était pas encore considérée comme une athlète para», mentionne-t-il.

«Nous avons quand même réalisé assez rapidement que notre fille avait quelque chose de spécial quand peu de temps après ses débuts, nous avons reçu un courriel de l’entraîneur de l’équipe nationale de l’époque, Craig McCord, qui souhaitait venir rencontrer Danielle au club», ajoute le paternel qui a ramené la petite famille au Nouveau-Brunswick en 2014, où elle a aussitôt joint les rangs du CNBO à Moncton.

– Et quand allez-vous pouvoir serrer Danielle dans vos bras?

«Elle doit arriver à l’Aéroport (international Roméo-LeBlanc) du Grand Moncton dimanche, peu avant minuit. Je crois que nous allons être plusieurs à l’accueillir», souligne le fier papa en terminant.

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