Les plus vieux d’entre vous, vous souvenez-vous de ce que vous avez fait le jour où vous avez reçu votre premier chèque de pension de vieillesse à l’âge de 65 ans? Roger Thériault, lui, va souligner l’événement en livrant un combat de lutte professionnelle.

Il est vrai que Roger Thériault n’est pas un nombril vert dans cette discipline qui marie les performances sportives et théâtrales.

Saltimbanque du ring, le sexagénaire originaire de Saint-Isidore l’est depuis déjà 36 ans. Ce qui veut dire que le prochain combat de Thériault, qui s’est fait connaître auprès des amateurs sous le nom de Butcher Wildman Vachon, lui permettra de se vanter d’avoir lutté dans cinq décennies différentes. Ce n’est pas rien.

Ceci dit, il n’est pas certain qu’il aurait pu penser à un tel scénario avant la pandémie puisqu’il faisait osciller le pèse-personne à 348 livres à un certain moment donné en 2019. Il était dans une si mauvaise condition physique que son médecin lui a proposé le traitement chirurgical de l’obésité morbide. Il a préféré se prendre en main.

«Ça fait 23 mois que je n’ai pas bu une goutte, dit-il fièrement. Je buvais et je mangeais comme un cochon. J’ai aussi arrêté la liqueur qui était encore pire que la bière.»

«Mon docteur a commencé par me donner des pilules pour ci, des pilules pour ça. Par exemple, j’avais tantôt le sang trop épais, tantôt le sang trop clair. Et il m’a aussi prescrit un appareil pour m’aider à dormir. Un appareil pour l’apnée du sommeil. Ça faisait 40 ans que je ne dormais pas bien. Là, je dors sans problème mes huit heures et je suis en pleine forme en me levant», commente-t-il.

Thériault se tient occupé en faisant entre autres beaucoup de vélo. De huit à 10 kilomètres par jour. La machine, comme il l’appelle, affiche désormais 265 livres. Une éternité qu’il n’a pas été aussi léger. C’est justement ce qui l’a convaincu de tenter un retour sur le ring. Ça va se faire le 31 octobre à Hamilton, là où tout avait justement débuté pour lui en 1986.

«Le gala devait au départ avoir lieu le 3 octobre, mais à cause de la pandémie ça va finalement avoir lieu le 31 octobre. C’est quand même une méchante coïncidence parce que je vais avoir 65 ans le 15 septembre et que je vais avoir mon premier chèque de pension de vieillesse le 31 octobre. Ça va être mon premier combat depuis 2016», note-t-il.

N’allez surtout pas lui dire qu’il est trop vieux pour la lutte. Lui, dans sa tête, il se sent encore comme s’il était une jeunesse.

«Soixante-cinq ans, c’est juste un numéro. Ils m’ont dit la même chose quand je luttais à 51 ans. Moi je ne me sens pas comme si j’avais 65 ans. Pas pantoute», clame-t-il.

«J’ai un plan de match pour mon combat. Si jamais je fatigue un peu, je vais garrocher l’autre dehors le temps de reprendre mon souffle. Et s’il revient trop vite, il aura droit à un bon coup de pied. Je ne le laisserai pas entrer sur le ring», lance-t-il en riant.

«J’ai d’ailleurs déjà prévenu le promoteur (Alex Girard) que ça se pourrait que je vire ça à l’envers. Il m’a dit: “Tu fais ce que tu veux”. Les gens de Hamilton vont avoir un choc. Je vais leur donner un show d’une douzaine de minutes comme ils n’ont jamais vu. Ils vont se dire: “Mais qu’est-ce qui se passe icitte ce soir?”», poursuit l’interprète de Butcher Wildman Vachon avec malice.

Pas son dernier match

Roger Thériault est tellement sérieux dans son projet de retour qu’il mijote de prolonger l’aventure avec la GWN (Great White North) aussi longtemps que cette promotion ontarienne voudra bien de lui. La GWN se distingue pour faire une belle place aux lutteurs plus âgés. Le promoteur Alex Girard, qui se fait appeler Alexander The Great, endosse lui-même le maillot à bientôt 66 ans. L’adversaire de Thériault, lui, est James Matherson et il est dans la quarantaine.

«C’est déjà prévu que je vais aussi lutter pour eux en décembre. Je me sens bien. Je n’ai pas mal au dos ni aux genoux, alors je suis correct. J’aimerais bien que tout ça me mène au Temple de la renommée canadienne de Slam Wrestling. J’ai vu qu’il y a des gens à qui j’ai appris des trucs qui sont dans ce temple. Ça me ferait un beau souvenir pour mes vieux jours», s’exclame-t-il.

«C’est quand même pas si mal pour un gars qui a commencé à s’entraîner pour la lutte à 29 ans. Je voulais tellement être un lutteur que j’ai même arrêté la boisson et le pot quand j’ai décidé de commencer à m’entraîner à l’école de lutte de Nick DiCarlo en 1985», mentionne celui qui totalise plus de 1000 combats en carrière.

«Je me souviens que lors de mes trois premiers mois à l’entraînement, j’étais de loin le pire étudiant jamais vu. Il n’y avait personne qui voulait pratiquer avec moi parce que je leur faisais mal. J’ai donc arrêté pendant trois mois, puis j’ai décidé d’y retourner parce que je voulais vraiment devenir un lutteur. C’est finalement Nick DeCarlo qui a trouvé une façon de me calmer. Il m’a dit de le suivre dans le vestiaire et il m’a fait fumer un joint en me disant: “T’es pas assez relax, fume ça!” Le même soir, il m’a appris mes trois premières prises», confie-t-il.

«À partir de ce moment-là, j’ai pas mal tout le temps fumé de la drogue avant de lutter. Ce n’était pas normal pour moi de me battre sur un ring parce que je suis un non-violent de nature. Pendant plusieurs années, 10 ou 15 minutes avant un combat, je m’isolais dans mon coin pour fumer une pipe de hasch. La drogue me permettait de devenir une autre personne. Une fois stone je pouvais jouer un personnage», raconte en riant Roger Thériault.

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