Rencontre avec… Jacques Boucher

Qu’est-ce qui vous a conduit vers le domaine de l’architecture?

Mon père était charpentier de métier (il travaillait au Chantier Naval) et effectuait des petits travaux un peu partout dans notre village de Bas-Caraquet où je l’accompagnais toujours. J’ai ainsi grandi entouré d’outils, de bouts de bois et, chaque été, notre cour devenait un vrai petit chantier de construction. On bricolait ensemble et il m’appelait toujours « son architecte ». J’ai donc grandi avec l’idée de le devenir.

Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir votre propre entreprise?

Je pense que le rêve de tout architecte est d’avoir son propre bureau et d’avoir son nom « en haut de l’affiche », comme chantait Charles Aznavour. C’était aussi important pour moi afin de pouvoir créer et d’ériger des bâtiments qui reflètent mes visions. Ce qui prime selon moi en architecture, c’est le côté fonctionnel d’une structure. À mon avis, la qualité de vie des occupants doit primer dans un premier temps sur le style. Il faut d’abord établir les paramètres fonctionnels d’un projet et par la suite, selon les budgets en cause, on considère l’enveloppe. J’ai toujours eu cette approche.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail et comme entrepreneur?

Le fait de participer à l’essor du Nouveau-Brunswick et surtout de la communauté acadienne. En tant qu’entrepreneur, j’ai eu l’occasion de rencontrer une multitude de gens issus de tous les domaines, du milieu de la construction, certes, mais également de domaines variés allant de la santé à l’éducation, aux arts et la culture, etc. Certains diront que l’architecture est l’art de tirer parti d’une série de compromis. L’important consiste à choisir attentivement les techniques qui permettront de mieux répondre aux besoins fonctionnels d’un programme, d’une région, d’une ville et d’utiliser de façon optimale la main-d’œuvre, les matériaux, de contrôler les coûts et la qualité des travaux, et d’en assurer la rapidité d’exécution. Comme architecte, on devrait refuser d’adhérer aux restrictions imposées par certains promoteurs qui limitent notre travail. Lorsqu’il s’agit de construire nos villes et villages, il n’y a pas que l’argent et le pouvoir qui doivent peser dans la balance, mais aussi la qualité de vie urbaine et le design soigné. J’ajouterai pour terminer qu’il n’existe pas de haute ou de basse technologie appropriée. La technologie constitue l’un des moyens qui permettent de faire passer des idées du domaine de l’abstrait à celui de la réalité.

Quels ont été les principaux défis que vous avez eu à relever en démarrant votre entreprise?

J’avoue que j’ai eu de la chance à mes débuts, car j’ai été retenu à l’âge de 24 ans par la province du Nouveau-Brunswick pour mener à terme la phase I du Village historique acadien. J’y ai travaillé deux années et, par la suite, l’architecte Urbain Savoie de Bathurst m’a embauché comme stagiaire et j’ai finalement ouvert mon bureau à 29 ans, en 1980, à Bathurst. Aussi, j’ai volontairement demeuré dans la région Chaleur pour fonder mon entreprise. Comme vous le savez, « nul n’est prophète en son pays », donc la Péninsule me faisait un peu peur à mes débuts. C’est sûr qu’en début de carrière, tu dois prouver que tu peux relever tous genres de défis et mener à terme des projets dans les délais prévus et surtout dans le budget établi au départ. Voici des défis auxquels font face les architectes et dont les gens ne se rendent pas compte. Je dois produire un bâtiment beau, esthétique, fonctionnel, économique et sans vise. Ce même bâtiment fera partie de notre décor pendant plus de 50 ans et je dois toujours en être conscient. En 2010, j’ai réalisé que la Péninsule acadienne m’interpellait vraiment et j’ai déménagé mon entreprise à Pokemouche, en plein centre de la Péninsule. Ici, je suis vraiment chez moi. Nous avons un grand territoire avec un potentiel exceptionnel si nous voulons nous donner le temps et les moyens de le développer ensemble. Tout comme mon entreprise doit agrandir son marché, les régions doivent également étendre leur vision et penser plus large et globalement en mettant fin aux esprits de clocher qui ont si longtemps ralenti notre développement.

Quels avantages voyez-vous à être membre d’un tel organisme?

D’abord, pour son réseau de gens d’affaires. Il ne faut jamais oublier que le CÉNB existe pour et par ses membres. Il est perçu comme un organise crédible par beaucoup d’intervenants majeurs et par le gouvernement provincial qui le consulte à l’occasion sur certains dossiers, donc en faire partie ne peut être qu’un avantage. Aussi, je connais très bien son organisation par le simple fait que je suis membre depuis ses débuts. J’ai siégé au conseil d’administration pendant sept ans et j’y ai été son président de 2002 à 2004. La fin de mon mandat coïncidait avec son 25e anniversaire, où nous avons tenu le plus grand rassemblement de gens d’affaires au Nouveau-Brunswick, soit le Rendez-Vous Inc., à Bathurst, ce qui a permis la création d’un fonds d’avenir du CÉNB et une nouvelle planification stratégique. J’ai de très bons souvenirs de ce rassemblement.

Est-ce que vous ou votre entreprise êtes impliqué dans votre communauté? Si oui, comment?

Je me suis impliqué tout au long de ma carrière. C’est pour moi une façon de redonner à la communauté pour son soutien depuis maintenant 38 ans dans les affaires. J’ai toujours été très engagé, que ça soit en aidant financièrement des organismes et/ou en encourageant les arts et la culture. À titre d’exemple, ma firme contribue déjà depuis 30 ans au Gala de la Chanson de Caraquet. De plus, aussitôt établi dans la Péninsule, je suis devenu président du DSL de Pokemouche et je siège actuellement comme vice-président de la Commission de services régionaux de la Péninsule acadienne (CSRPA). Aussi, j’appuie beaucoup les artistes. Les artistes sont des gens très créatifs, prêts à tout donner et qui doivent parfois vivre très modestement. J’ai beaucoup d’admiration pour ces gens. Je considère ma profession comme une forme d’art. Je vous dirais que je possède au moins une œuvre de la plupart des artistes acadiens en plus de plusieurs artistes québécois.

En terminant, quels conseils donneriez-vous aux gens d’affaires ou à ceux et celles qui songent à s’y lancer?

Aux gens d’affaires, je dirais de persévérer dans leur travail, mais de s’impliquer davantage dans la communauté. J’ai constaté que le partage et le fait de s’engager dans sa communauté amènent énormément d’avantages. Les gens d’affaires ont tendance à fréquenter des gens qui leur ressemblent ou à côtoyer des individus gravitant autour de la même industrie dans laquelle ils évoluent. Pour modifier ce paradigme, il faut s’efforcer de rencontrer des personnes différentes et qui travaillent dans un secteur totalement étranger au nôtre. C’est une excellente façon d’ouvrir ses horizons et de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Aidons nos jeunes, nos artistes, nos organismes, et l’ensemble de la Péninsule en sortira gagnant. Il faut aider les gens à réaliser leurs rêves. Maintenant, à ceux ou à celles qui songent à se lancer en affaires, le secret est sans contredit le travail. Vous savez, ma devise est la suivante : « Demain est toujours le jour le plus chargé de l’année ». Donc peu importe ce que vous faites aujourd’hui, demain sera encore une journée occupée et passionnante.